dimanche 22 mai 2011

Sommaire

UTILISEZ LA MARGE DE DROITE 

POUR NAVIGUER SUR CE BLOG


Préambule

Introduction

I. Les schémas destructifs fondamentaux en vigueur
1°) du point de vue de l'écologie relationnelle
2°) du point de vue de l'analyse transactionnelle
3°) du point de vue de la Gestalt
4°) du point de vue de la pyramide de Maslow
5°) du point de vue de la PNL
6°) du point de vue du cycle septennaire
7°) du point de vue de la psychanalyse freudienne
8°) du point de vue de la phénoménologie
9°) du point de vue de l'éthymologie
10°) du point de vue du positivisme scientifique
11°) du point de vue de l'abbé Pierre
12°) du point de vue de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen

II. Les causes environnementales:
1°) l'étude générale des milieux influents extérieurs aux familles
2°) l'absence de responsabilité dans le système hiérarchique
3°) la friponnerie dans l'Etat
4°) les frilosités de la classe politique majoritaire actuelle

III. une perspective fondamentale pour demain:
1°) combattre le bâton empoisonné
2°) la nécessité d'un engagement professionnel de qualité
3°) la nécessité d'instaurer un nouveau protocole
4°) organiser l'impulsion sociétale

Conclusion


Préambule et introduction

    Préambule


    « La justice, bien plus que la richesse est le salut de la République et le vrai fondement du crédit national et de la confiance. »

    (Déclaration des principes essentiels de l’ordre social et de la République du 23 germinal an III)

    …et si la Justice ne répond plus à sa vocation parce qu‘elle a mal vieilli et qu‘elle ne sait plus ce que c‘est qu‘un regard neuf, alors, même seul, il convient de se battre, l’essentiel étant de rester digne face à soi-même, même s’il faut pour cela produire l’effort d’étaler le fumier-engrais qui permettra la récolte: puisque pendant 5 ans je n’ai pas pu apporter à Clément la part de tendresse qui lui revenait, alors c’est à tous les autres enfants victimes du laxisme banalisé de ce système que je veux adresser cette énergie de l’écoute, de l’analyse parcimonieuse et de la justesse qui en découle,  énergie qui a trop longtemps été étouffée à force de conservatismes assassins. Il y a un vrai problème dans les méthodes d’investigation des Pouvoirs Publics  C’est un problème de structure psychologique, probablement lié une exagération de la foi que l’on place dans la notion de hiérarchie et qui incite à la démission de sa propre conscience. Je souhaite que ce travail de mise en forme soit perçu, non pas comme une impulsion réactionnaire motivée exclusivement par une atteinte personnelle, mais comme un vœu de cohérence optimale qui renforce le sens de l’équité  au service d’une cause précieuse et néanmoins refoulée: mettre en orbite un système de réflexion qui soit le garde-fou des absences de bon sens, à l’écoute des innocents les plus démunis.  

    I. Les schémas destructifs fondamentaux en vigueur

    1°) du point de vue de l'écologie relationnelle
    2°) du point de vue de l'analyse transactionnelle
    3°) du point de vue de la Gestalt
    4°) du point de vue de la pyramide de Maslow
    5°) du point de vue de la PNL
    6°) du point de vue du cycle septennaire
    7°) du point de vue de la psychanalyse freudienne
    8°) du point de vue de la phénoménologie
    9°) du point de vue de l'éthymologie
    10°) du point de vue du positivisme scientifique
    11°) du point de vue de l'Abbé Pierre
    12°) du point de vue de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen

    1°)   Du point de vue de l’écologie relationnelle:   l’absence de débats et de médiation. 

    Ce n’est pas un mystère : « l’ami qui te comprend te crée ». Un autre adage, issu de la sagesse populaire pour celui-là nous le dit autrement « une peine partagée est diminuée de moitié et une joie partagée est doublée». Un autre spécialiste éminent des rapports humains l’expose ainsi (Jacques Salomé) : « notre bonheur est intimement lié à la qualité des rapports de communication qui  nous entourent ». Tout ceci pour dire à quel point le sens du dialogue devrait avoir sa place dans la fonction éducative de ceux qui arborent le titre d’éducateurs spécialisés.

    Malheureusement une étude aussi succinte qu’approfondie ne nous permet pas de miser sur ce sens du dialogue auprès des professionnels intervenant le plus couramment dans la vie des enfants en difficulté. Dans l’affaire qui m’a concerné de près, sur un période de 18 ans je n’ai rencontré l’esprit du dialogue que sur une période de deux ans. Et encore c’était avec une éducatrice issue d’un institut pédo-psychiatrique qui avait décidé de renoncer à un statut gratifiant pour venir en aide à des enfants en proie à un système de broyage quasi incontrôlable. Autant le dire cette personne était une exception et je veux exprimer à cette dame toute ma reconnaissance. Hors mis donc ma rencontre avec cette personnalité hors du commun, le reste du temps, mes rencontres avec les éducateurs ont été marquées par la stratégie du « cause-toujours je ne t’écoute pas, je ne te réponds pas et je te raconte ce que je veux ».

    C’est le principe de la confrontation des monologues. Nous avons affaire à des gens qui s’estiment avoir entièrement le droit de déconsidérer vos propos en s’appuyant sur leur titre alors que tout porte à croire qu’ils ne connaissent absolument rien  ni à ce prodigieux outil de l’élévation de l’être qu’est la programmation neurolinguistique ni aux techniques de développement personnel plus anciennes que sont l’analyse transactionnelle ou encore la conception maslowienne de la personnalité (pyramide de Maslow) qui régit pourtant pleinement aujourd’hui l’économie mondiale et par le fait devrait susciter un minimum d’intérêt.
     
    Afin de témoigner du rapport de communication foncièrement malsain entre les éducateurs et les braves gens animés par la quête du bon sens je veux citer deux exemples:

    * Ma rencontre avec 4 personnes dans les locaux de la PJJ pour déterminer la qualité d’un projet professionnel élaboré pour mon petit frère de cœur: leur stratégie était de me poser tout un tas de question en même temps pour me déstabiliser et me démotiver: envoyer suffisamment de signaux pour décontenancer la personne et la paralyser, c‘est le principe politique obscurantiste de la submersion de l’autre pour dissimuler la sienne… tristement enfantin!  Pouvons nous raisonnablement laisser faire par de piètres acteurs une politique de bas étage se substituant de façon tout à fait déplacée à un travail d’éducation consciencieuse? Je ne puis m’empêcher de me répéter la
     chose suivante: mieux vaut une éducation droite et honnête qu’élégante et frivole.            

    * L’opposition de l’éducatrice lorsque je lui ai demandé d’œuvrer de sorte à rétablir le contact avec Mon petit frère à l’occasion des 50 ans de ma mère et de ses 10 ans à lui qui se célébraient le même jour: sa justification était: «  en coupant l’enfant de  votre famille nous tentons une expérience et nous vous demandons ne pas interrompre cette expérience, c’est une décision de justice, ce n’est pas négociable ». Ce genre d’expérience a beau être interdit par la loi, les Frankenstein étaient trop forts pour moi, que pouvais-je y faire? A l’époque je pressentais qu’un tas d’ennuis pourraient me tomber dessus si je m’opposais, mais de toute façon ces ennuis, je les ai eu avant de m’y opposer. Alors pourquoi continuer à renoncer de s’opposer?

    Pour clore cette question je voudrais ici citer un  adage réputé comme bâtisseur: « ce n’est pas la fonction qui importe mais la manière dont on la remplit. » A ce sujet ne dois citer Jean-Claude Boulard Conseiller d’Etat: « Dans la relation de médiation, le pouvoir ne prétend pas incarner la divinité, ni s’inscrire dans sa descendance, mais se présente comme porte-parole de ses lois."



    2°) du point de vue de l’analyse transactionnelle.
    L’analyse transactionnelle nous dit : nous sommes toujours inscrits dans un jeu de rôle avec l’autre mettant en scène chez chacun de nous trois composantes: l’ enfant intérieur (le spontané, l‘humour, la colère…), le parent intérieur (il apaise, il prend en charge, il dissimule retient avec bienveillance) et l’adulte (il analyse et il tranche). Lorsque surgit un conflit entre deux êtres, c’est souvent que notre enfant ou notre parent intérieur n’est pas écouté ou pas compris par l’autre et dans ce cas il nous faut chercher à  entrer dans une phase de réflexion commune, c’est l’aspect adulte de chacun qui s’exprime. Malheureusement, ce n’est pas ce qui  se passe avec les éducateurs spécialisés. Ils ne cherchent pas à vous emmener sur le terrain de l’analyse. Ils cherchent à dissimuler la réalité de leurs motivations syndicales ou politiques plus ou moins officielles. Plus ou moins consciemment, les éducateurs savent qu’ils ne sont pas bien formés, ils connaissent leurs propres degrés d‘assurance et de frilosité, leur capacité ou incapacité à se justifier. Certains  arrangent leur confort de travail. Le dialogue est ainsi faussé et l’on s’inscrit dans une relation de non communication qui nourrit toute forme de frustration. Lorsqu’une maman psychiatriquement suivie déclame son désir absolu de couper son enfant de son passé, c’est le rôle de l’éducateur de lui dire « ne désirons pas nos enfants comme nous les avons rêvés ».

    3°) du point de vue de la Gestalt-analyse:
    La gestalt-analyse est antérieure à la PNL. Notons toutefois que les fondateurs de la PNL étaient des praticiens en gestalt. Ceci nous conforte dans le fait qu’ elle semble moins facile à appréhender. Il s’agit d’un mode de pensée assez diffus censé être basé sur l’art du contact et qui toutefois présente l’avantage de mettre l’accent sur un concept très porteur: celui de la « boucle de contact » . Le contact avec une personne peut être perçu comme un besoin qui doit être intimement respecté jusqu’à ce que ce besoin ne soit plus ressenti. Ce précepte s’appuie sur l’idée fondatrice de la Gestalt selon laquelle le tout est supérieur à la somme des parties. Inutile de préciser que concernant l’affaire de mon petit frère de coeur, la gestalt a été totalement ignorée.

    4°) du point de vue de la pyramide de Maslow:
    Il existe en chacun de nous une pyramide hiérarchisée des besoins:
    . Besoins physiologiques
    . Besoins de sécurité
    . Besoins d’appartenance 
    . Besoin d’estime
    . Besoin d’accomplissement, de réalisation

    Aussi lorsqu’une maman motive son souhait de récupérer son enfant sur la base d’un besoin d’estime et d’accomplissement le travail du spécialiste consiste à ne pas oublier que l’identité d’un enfant est intimement liée à son besoin d’appartenance, et que celui-ci est antérieur au besoin d’estime et de réalisation dans la pyramide, hors mis le fait que par son statut d’enfant il est plus fragile que l’adulte, sa maman.  Il ne paraît ainsi guère possible de prétendre sérieusement qu’en favorisant une rupture totale de l’enfant avec son passé pour satisfaire le désir de la maman, que l’on va œuvrer dans l’intérêt de l’enfant. La pyramide de Maslow constitue donc un autre moyen de contrôler la cohérence de la décision.

    5°) Du point de vue de la PNL:
    Il existe en PNL un concept inévitable pour tout spécialiste en développement personnel et soutien éducatif: la notion de « carte du monde ».  La « carte du monde » , c’est le prisme personnel de notre expérience par lequel passent toutes nos sensations qui participent ainsi à la représentation que nous nous faisons de la vie. Le respect de soi et de son identité, le respect du travail effectué par les autres pour nous, voilà une valeur pouvant être considérée comme fondamentale dans la construction psychologique d’un enfant placé. Le sujet est-il régulièrement posé de la sorte? 

    Par ailleurs, la PNL prend en compte le phénomène de contagion des états psychologiques internes, et donc permet de se méfier du phénomène d’empathie psychotique. Elle oblige à faire la différence entre l’acte bienveillant et la pitié larmoyante. Le discernement doit toujours primer sur la confusion.  
    Une situation qui a de toute évidence dépassé la capacité d’analyse des psychologues dans l’affaire qui nous concerne, quand la maman naturelle ne parvenait pas à sortir d’un mécanisme accusateur et plaintif.
    En PNL on dit aussi que « la carte n’est pas le territoire », même devant ce qui est verbalisé, la réalité intrinsèque du subconscient réserve toujours des surprises. Dès lors que penser d’une éducatrice qui oserait vous dire « tant que l’enfant ne le réclame pas de façon significative, vous ne le reverrez pas ». Le manque de culture appropriée, tout au moins d’assimilation d’une telle culture dans cette profession est décidément alarmant.

    6°) du point de vue des cycles septennaires:
    Le cycle septennaire est une vision de l’évolution de l’être humain qui décompose la vie en périodes de 7 ans.   8 périodes ont été répertoriées. Intéressons nous aux deux premières.
    . De 0 à 7 ans: l’enfant a besoin d’aimer: le rôle de la  maman est omniprésent. Il est dans l’appréhension horizontale, la construction des sens (odeurs, joies, mœurs, éveil…)
    . De 7 à 14 ans: il a besoin d’admirer, le rôle du papa est omniprésent. Il est dans l’appréhension verticale. Un protecteur, le père, s’impose dans ses rapports avec la société. Ce protecteur devient l’allié privilégié dans la découverte du monde extérieure au cocon familial.

    En toute logique, ce n’est pas à 8 ans qu’il convient de retirer un enfant à un cadre affectif privilégié qui lui fournit des présences et complicités masculines, pour l‘exclure totalement de ce « nid » , ou alors le faire…mais sans parler de l’intérêt de l’enfant.

    7°) du point de vue de la psychanalyse freudienne:
    Donnons toute sa considération au principe du refoulement: une idée est évacuée (provisoirement pour resurgir plus tard et déstabiliser) lorsqu’elle est en contradiction avec la morale ambiante, en l’occurrence l’analyse précise dans un contexte de banalisation du phénomène de laxisme. 

    8°) Du point de vue de la phénoménologie (du Dr Caycedo):
    Fondée par le philosophe allemand Edmond Husserl ( 1859-1938) la phénoménologie est l’étude de l’assimilation de la connaissance. Selon la phénoménologie, la sensation précède la nomination, le classement et le jugement. La sensation est essentiellement le domaine de l’enfance. C’est une question de bon sens il n’y a rien d’étonnant à ça. Ainsi pour qu’une personne exprime son besoin, le cheminement de l’idée par depuis la sensation vers une démarche d’introspection qui permet d’aboutir à la nomination. Dans le meilleur des cas, cela se produit à la fin de l’adolescence. Que penser donc du discours qui consiste à dire « tant que l’enfant ne dit rien, tant qu’il ne nous contredit pas directement, on ne bouge pas »    .   

    9°) du point de vue de l’éthymologie:
    L’éthymologie en tant qu’étude de l’origine des mots, le premier critère de qualité en termes de cohérence de la pensée: éduquer vient du latin « educare » et signifie « conduire vers l’autonomie ». Par définition c’est dans cette optique qu’est censé se placer le système psycho-éducatif.


    10°)  Du point de vue du « positivisme »:  le préjugé du nombrilisme.
    Rappelons que le positivisme est l’étude du sens exacerbé de l’objectivité.
    Tout se passe exactement dans l’institution comme si les décisionnaires jugeaient comme incapable d’objectivité un individu touché de plein fouet par leurs insuffisances. Ils agissent exactement comme s’ils ignoraient que le meilleur moyen de gérer une frustration extrêmement oppressante est de la transformer en motivation au service du plus grand nombre. En fait il se peut tout simplement que ce soit l’absence d’une véritable maîtrise du langage et le manque de confiance qui en découle au sein même de leurs propres compétences qui les dissuade de mettre en place des dialogues authentiques et constructifs. La subjectivité d’un acteur personnellement impliqué est un risque et non un automatisme, ce n’est pas tout à fait la même chose.

    Un vrai dialogue nous aurait permis d’instaurer ensemble une intervention de ma part dans la structure d’accueil qui était sur le point de recevoir Clément à l‘âge de 16 ans. J’aurais très bien pu proposer mes services dans le cadre d’un atelier de dessin caricatures. De même lorsque l’intellectualité est en panne dans une institution, ce sont les exemples humains qui permettent d’entendre le noyau ignoré de la souffrance.  Le dessin est une activité très porteuse et le sens de l’humour propre à la caricature constitue un bon exutoire (en plus d‘une chance personnelle pour les membres de l’encadrement qui ne l‘ont pas encore développé). Ma présence aurait préservé le rattachement de Clément à son passé. Par ailleurs, ce travail régulier au contact de l’éducatrice lui aurait permis de voir par elle-même ma détermination à prolonger une intériorisation particulièrement raisonnée de ma démarche. Mais comprendre tout cela ou le permettre était sans doute trop complexe pour qui de droit.


    11°)  Du point de vue de l’Abbé Pierre

    Rares sont les parvenus qui ne sont pas des fuyards.


    La peur, c’est un manque d’être, une mauvaise connaissance de nos possibilités et la plus grande d’entre elles, l’amour.


    L’indignation pourrait avoir beau jeu de nous donner bonne conscience, pourtant elle ne dispense pas de l’action.


    On ne sauvera pas les uns sans les autres.


    Etre fidèle, c’est ne pas se dérober.


    L’amour se dit, se donne et il sauve.


    Il ne peut y avoir de salut si, devant le mal, devant l’exploitation du plus faible, il n’y a pas la colère. La colère révèle ce qui est aimé.


    On construit la paix avec tous les morceaux de guerre que l’on trouve.


    Le pire c’est d’être exclu de la communauté humaine.


    Lorsque la suffisance s’empare d’une société qui pense être au-dessus des autres, qui pense détenir la vérité, qui pense être le bien, c’est la porte ouverte à la barbarie, à l’horreur.


    Renaître. Repartir de la source. Rompre avec le fatras des conventions où se camouflent les faussetés.


    La vraie charité ne consiste pas à pleurer ou simplement à donner, mais à agir contre l’injustice.


    Qu’avons-nous fait de nos frères les plus faibles?


    J’ai de la haine contre les actes mauvais des hommes. Mais je n’en ai pas contre les personnes.


    C’est dans le mystérieux sanctuaire de l’âme de quelques uns que se joue chaque jour, le destin des multitudes. Dans l’âme de ceux qui diront : « me voici ».


    On ne peut utiliser le Beau dans la relation avec la souffrance que si l’on a assumé en soi la conscience du sacré dans la personne.


    Etre la voix des hommes sans voix, de ceux que la douleur réduit au silence, la voix qui montre ce qui est, ce qui se peut, ce qu’il faut faire, ce qui doit se dire , que ça se dise ou que ça ne se dise pas.


    La solidarité contribue au relèvement.


    Il n’y a pas d’amour s’il n’y a pas de liberté. L’homme est libre d’aimer. C’est un choix.


    L’amour et la justice sont réciprocité indissociable.


    Comprendre fait partie de l’amour.


    Tout pouvoir est aveugle dès lors qu’il est assez haut pour avoir de grands moyens. Il est alors trop loin de la connaissance réelle populaire.


    Aimer me sort de moi, car c’est l’essence de tout amour vrai d’extasier, c’est-à-dire de mettre hors de soin et de faire ne plus être soi qu’en étant un avec l’être aimé.


    La paix, c’est là où il y a du bonheur, un épanouissement, où la vie est respectée depuis la naissance jusqu’au grand départ, où l’on ne refuse pas  celui qui vient  par amour nous la donner.


    Les pauvres* ont besoin d’une présence, d’un contact avec ceux qui les aiment, d’une communion, d’une fraternité humaine.


    Le scandale du mal, c’est qu’on l’oublie, on s’en fait complice.


    La conscience de la fraternité est essentielle au progrès social et au progrès humain.


    La pitié n’est pas une fin. Seule la justice est un but digne de l’homme.


    Sois bon. Déteste la suffisance.


    Vous les jeunes, soyez fidèles à l’appel que vous sentez au profond  de vous-mêmes.


    L’étude sérieuse des racines du conflit et l’éducation sont constitutifs du dialogue qui est le premier chemin pour la paix.


    Cela ne sert à rien de donner sans avoir été blessé par la blessure de l’autre.


    L’amour est une énergie qui réconcilie l’être avec lui-même.


    Ce n’est pas en tirant sur l’herbe qu’on fait pousser le blé plus vite. Savoir avec amour patienter, regarder au jour le jour le petit effort, la lente montée de chacun.


    Tu es né pour aimer.


    Il ne suffit pas de s’émouvoir dans devant la misère, il faut passer à l’action.


    Oui la charité consiste à unir toutes mes énergies aux énergies de l’être blessé pour guérir ensemble de son mal devenu le mien. Si la politique n’inclut pas cette charité là, elle est vaine.


    Si dans une famille, ceux qui sont les plus forts ne tiennent aucun compte du malade, du vieillard, du nouveau né, entrent le jour comme la nuit en claquant des portes, il n’y a plus de famille. Par contre, si chacun conditionne sa manière en tenant compte du faible, du vieillard, du malade, du nouveau-né, la famille s’épanouit.


    L’éducation commence dans la relation d’amour qui est dans la famille.


    Si tu ne rends pas croyable l’amour, celui qui a subi toutes les déchirures reste enfermé dans son égoïsme.


    L’injustice, ce n’est pas l’inégalité, c’est le non-partage.


    Aujourd’hui, il y a des moyens de réaliser l’impensable d’hier.


    Ayez la sagesse d’accepter humblement ce qui nous dépasse.


    Ai-je su choisir assez d’aimer. C’est la seule sérieuse question.


    J’ai la certitude que le moindre geste d’amour est une pierre qui participe à l’édification du Royaume. Et cette conviction transforme complètement le sens de toute vie.


    Si nous avions un but, c’était celui d’être vrai.


    Quand une société laisse un million de ses enfants sur le côté de la route, elle est à la dérive.


    Le chemin de toute vie est bordé par des personnes. Ce n’est pas un chemin dans le désert.


    Il ne faut pas attendre d’être parfait pour commencer quelque chose de bien.


    Le pauvre * est l’instrument par lequel vient la connaissance.


    La colère est parfois nécessaire, non pas pour détruire mais pour marquer une limite, pour affirmer une vérité pour le bien de tous et poux son  bien propre.


    La justice ne peut s’exercer que lorsqu’on est pleinement conscient de l’amour qui a besoin de l’autre.


    Les dons de soi ou de ses biens qui, chaque jour se manifestent ici ou là, ne prouvent-ils pas qu’on peut espérer sans être des illuminés? Agissons donc.


    Le pauvre* en tant que tel ne devient pas un maître, mais le livre vivant dans lequel on déchiffre le sens de la vie.


    On ne construit pas sans connaître. Et connaître, c’est naître ensemble.
    L’amour est la forme supérieure de la justice.


    Allez et accomplissez chacun votre mission.




    * dans le mot « pauvre » il convient ici d’entendre « l’enfant fragile ».



    Ces phrases ont été recueillies dans le livre « Abbé pierre, une médiation par jour » aux éditions Presse de la Renaissance.



    12°)  Du point de vue de la déclaration des devoirs de l’homme:
    Voici quelques extraits très opportuns à mon sens de la déclaration des principes essentiels de l’ordre social et de la République, incluse  dans la déclaration des devoirs de l’homme et du citoyen, votée par la convention dans sa séance du 23 Germinal an III. Ils permettent de comprendre notamment pourquoi j’ai du refuser la main qu’on a sans doute cru pouvoir me tendre.

    Extrait de l’article Ier:
    « Aucune section ou fraction du peuple, aucun état ou profession, aucune société, assemblée ou attroupement, nombreux ou non ne sont le peuple français, et quiconque dit le contraire est ou imbécile ou imposteur, ou brigand. »

    Article II:
    « L’égalité des droits entre les citoyens est la base de la République.
    L’inégalité entre les talents et la médiocrité, entre l’industrie et la capacité, entre l’activité et la paresse, entre économie et la prodigalité, entre la sobriété et l’intempérance, entre la probité et la friponnerie, entre la vertu et le vice, plus encore que dans tout autre gouvernement, est la loi essentielle de la nature et des mœurs. »


    Article III:
     « la liberté d’agir n’étant que le pouvoir de faire ce qui ne nuit pas à autrui, ne peut jamais entraîner l’impunité des actions criminelles. »

    Extraits de l’article V:
    Tout système d’administration ou de législation tendant à soumettre les Français au régime de la terreur (…) à altérer ou à corrompre les principes de la morale naturelle, à établir des dénominations, costumes ou ralliements particuliers, est un crime.

    Extrait de l’article VII:
    Tous discours, écrits ou opinions, adresses ou pétitions qui tendraient à provoquer (…) l’avilissement des autorités (…) sont des crimes.


    Extraits de l’article VIII:
    Ceux qui favoriseront la paresse ou le désordre en faisant donner des secours aux hommes sans vrai besoin ou sans mœurs, en multipliant les emplois inutiles, ou en y plaçant des hommes incapables (…) seront responsables de leurs fausses applications.

    Extraits de l’article IX:
    « Tout citoyen qui a pris part à l’administration, doit se tenir prêt à rendre des comptes de sa fortune passée et présente. (…) La justice, bien  plus encore que la richesse, est le salut de la République et le vrai fondement du crédit national et de la confiance » .

    II. Les causes environnementales

    1°) l'étude générale des milieux influents extérieurs aux familles
    2°) l'absence de responsabilité dans le système hiérarchique
    3°) la friponnerie dans l'Etat
    4°) les frilosités de la classe politique majoritaire actuelle

    1°) L’étude générale des milieux influents extérieurs aux familles:
    Avant de chercher à savoir comment l’on peut modifier les effets d’une expérience scientifique, il convient d’identifier clairement les milieux dans lesquels on évolue.

    L’éducateur appartient à un milieu professionnel qui subit comme tous les secteurs une progression incontestable de la mentalité individualiste. L’emploi est avant tout un moyen de gagner sa vie, le reste est secondaire. Je ne dis pas qu’il l’a toujours été. Je dis que les vocations s’estompent avec le temps. Difficile d’affirmer que tout cela est de bon aloi pour les jeunes qui font office de matière première au porte-feuille personnel tout en permettant à l’individu d’arborer le cas échéant un statut qui parvient peut-être de temps à autre à soulager encore sa conscience. Il reste que face aux méthodologies d’analyse exposées ci-dessus, cette profession subit une déficience en matière de niveau d’organisation, elle doit être restructurée.

    Le milieu judiciaire quant à lui est corporatiste : son épouvantail est non seulement la stabilité nationale, en suivant le fonctionnement traditionnel de sphères occultes qui s’entrecroisent avec la justice. La menace constituée par une hiérarchie obscure pèse plus que l’enthousiasme de venir en aide aux jeunes.

    Le milieu politique évolue dans une forme de clanisme complaisant: ce qui est étranger au fonctionnement habituel est considéré comme dangereux. Les fils de famille le prendront pour un ordre des choses,  les créateurs prolifiques pour  un désordre de la pensée humaine.  Ce supposé ordre des choses repose sur un sens des valeurs humaines qui se partage essentiellement dans le non dit avec toute la confusion qu’il implique. De son côté l’excellence humaine qui découle de la PNL nous enseigne que la qualité des mots détermine la qualité de la pensée, qui elle-même détermine la qualité de la fonction.

    Ces trois milieux font office d’ingrédients  pour un cocktaïl d’aberrations qui, bien que banalisé, va faire ici l’objet de toute notre attention :

    2°).  L’absence de responsabilité dans les voies hiérarchiquement organisées.
    En théorie, une hiérarchie est un système permettant de veiller au grain dans le respect d’un certain nombre de codes professionnels. Mais quel est le rôle au juste de la hiérarchie dans le système éducatif et judicaire? Je proposerai la réponse suivante: faire bonne figure et sauver les apparences. En aucun cas il semblerait que la hiérarchie dans le cas présente ne soit disposée à superviser le bien fondé du travail effectué, tout simplement parce qu’il y a un problème d’aptitude directement lié à un problème de savoir spécialisé. En d’autres termes, les éducateurs dits spécialisés, en réalité ne le sont pas. J’ai pris conscience de cette problématique lors d’une conversation avec une ancien formateur de conducteurs de train TGV qui me racontait comment il a du faire face à un subordonné subitement voeuf. Les consignes étaient très claires: « vous faites comme vous le sentez ».  Interrogeons-nous alors de la sorte: prend-on d’ordinaire le temps, dans les pouvoirs publics, d’apprendre à sentir les choses à ceux à qui l’on donne le pouvoir d’agir? De même notre ressenti est-il toujours performant? Les ancrages mentaux ne constitueraient-ils pas un recours plus sécurisant? Sur un plan politique pouvons résoudre une imposture sans nous permettre auparavant de la dénoncer? 

    Un travail bien pensé est à moitié fait. Dans cette optique un travail bien fait implique de déterminer au préalable la nature et la place des responsabilités. Or, la tradition dans les Pouvoir Publics n’est pas de déterminer avec précision la nature et la place des responsabilités mais de les diluer en servant d’un réseau rompu à l’art de la manipulation. C’est le propre d’un système de valeurs confus, d’une pensée  brouillée  qui s’impose sans passer par une réflexion en phase avec son époque. Tel
    est le système qu’il convient à mon sens de qualifier d’archaïque pour ne pas dire d’une certaine façon psychopathe. Appliqué à une institution, je comprends que  le terme puisse surprendre. Mais « le bon stratège est celui qui conduit son armée comme un seul homme » (Sun Tse)

    Une pensée élaborée serait en réalité le fruit d’une action intériorisée: elle permettrait non seulement d’agir avec justesse mais aussi  d’enseigner, transmettre et ne témoignerait pas de l’embarras actuel de nos institutions sur le sujet. Educateurs et psychologues ne doivent pas perdre de vue la réalité des choses: qu’elle soit porteuse de joie ou de cruauté : la PNL, telle qu’elle est expliquée par le spécialiste Anthony Robbins  est une équerre. Elle est un outil constant de vérification. Elle donne le sens de la mesure et de la précision dans l’exécution. La PNL va même  plus loin. Tel un levier, elle permet d’exercer une action raisonnée, calculée et déterminée. L’étude sérieuse de la PNL, c’est une marche vers l’excellence humaine.


    3°) La friponnerie dans l‘Etat:

    « La vie est précieuse, prends en soin » Mère Teresa.  

    Je voudrais d’abord ici parler des contacts que mon petit frère et moi-même avons pu avoir avec sa dernière éducatrice. Je veux citer cet épisode où il a souhaité lui adresser, alors qu’ils étaient en discorde une carte de vœux montrant un chimpanzée assis sur un tronc d’arbre et illustré par la phrase suivante: « asseyez-vous j’ai tout votre temps » . Clément voulait lui faire comprendre qu’il était sûr de son choix en refusant de réintégrer un foyer et en misant son avenir sur un contact affectif rétabli avec sa famille d’accueil. La réaction de l’éducatrice fut la suivante: « il faut que cela cesse, sinon cela pourrait aller très loin. Le  frère que tu t’es choisi pourrait avoir des ennuis sérieux ».
    Notons également dans ce contexte, j’avais déjà été pris à parti par des policiers à la sortie des bureaux de la PJJ et que cette éducatrice au bout de deux ans n’avait toujours pas compris le bien fondé du jeune à lui refuser sa confiance. Pour conclure un marché avec le référent éducatif privilégie que j’étais susceptible de représenter à l‘égard de Clément, il fallait que la partie adverse ait de quoi conclure ce marché. Et la matière indispensable était bien autre chose à mon sens qu’une tasse de café. C’est avec la connaissance appropriée et la conscience des choses que l’on négocie, pas avec la dangerosité d’une routine dépassée, quelle que soit sa propension à être partagée par un réseau tribal. Nous ne devons pas oublier la sagesse d’Ovide, le poète antique: arrêtez le mal dès son origine, le remède vient trop tard, quand le mal s’est accru par de longs délais.

    Combien sont-ils encore à ignorer que l’on n’exige pas d’une règle qu’elle soit belle, mais qu’elle soit droite? Les vrais bâtisseurs le savent bien, mieux vaut un outil sobre sans fioriture mais précis et efficace qu’un très bel objet peu pratique et imprécis. Enfin, fidèle à une certaine vision du développement personnel je voudrais dire que la rectitude n’est pas une manière de s’évader du monde, mais bien au contraire d’y évoluer en harmonie. Lorsqu’il s’appuie sur les interdictions du long terme le soutien éducatif d’un état averti doit être bien plus qu’un acte de bienfaisance de proximité et d’immédiateté. Le travail d’un professionnel n’est pas d’exaucer un parent ou de combler un enfant, mais de prendre les dispositions qui respectent son identité, et pour cela il convient d’illuminer sa pratique par un minimum d’ouverture intellectuelle à l’étude : voir les disciplines évoquées ci-dessus).

    En allant plus loin dans l’observation du fonctionnement de la justice il est intéressant ici d’évoquer ce que le principal rapporteur de la commission d’enquête sur l’affaire d’Outreau appelle un enfermement intellectuel dans le fonctionnement de l’autorité, alors même qu’il lui arrive de décrire des actes tout bonnement de mauvaise foi. L’éducation n’est-elle pas une question de droiture et de respect? A force de conservatisme et de corporatisme, le sentiment océanique, la plénitude de l’égrégore, cette dynamique de groupe recherchée par les protagonistes politiques suprêmes finit par ne représenter plus qu’un nuage toxique pour l’enfant en quête de repères.


    Puis-je suggérer ici une citation à faire méditer aux décisionnaires de la justice?

    « Vous ne pouvez donner la force au faible en affaiblissant le fort.
    Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche.
    Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l’employeur.
    Vous ne pouvez pas forcer le caractère et le courage en décourageant l’initiative et l’indépendance.
    Vous ne pouvez pas favoriser la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes. »

    (Abraham Lincoln 1860, devant le congrès américain)




    4°) Les frilosités  de la classe politique majoritaire:

    « La justesse précède la justice. Un juste dialogue précède une juste décision. »

    J’ai passé trois ans de ma vie à tenter de sensibiliser le plus grand parti politique sur la question. Tout ce que j’ai obtenu dans un premier temps, c’est une accélération de la machination policière et judiciaire me concernant avec bien sûr un mutisme total quant à mes revendications.

    Dans un second temps, il se trouve que Madame la Ministre de la justice s’est déplacée au  Mans pour signer des accords concernant une amélioration potentielle du travail de coordination entre les différents intervenants. Or l’art de la guerre nous dit « sur un terrain plat, on n’attaque pas l’ennemi de front, on l’encercle ». La psychologie est un terrain plat, d’où l’on peut s’extraire à l’infini. En conséquence, on ne terrasse pas l’ennemi (l’incohérence) en misant sur une avancée linéaire (améliorer la coordination) mais en l’attaquant sous tous les angles en même temps. Dans le cas contraire on invite à nouveau le problème à se déplacer et à créer d‘autres problèmes en aval. .Je comprends alors que là aussi on se trouve confronté à un manque de moyens culturels et je crois alors que, et c’est un grand malheur pour notre pays,  ce n’est pas lorsque l’on est au pouvoir que il est le plus facile de se disposer à apprendre de nouvelles choses, et c’est bien pour ça que j’avais tenté d’attirer l’attention sur la question bien avant les élections du changement. Le gouvernement, d’après Guy Gilbert, c’est la capacité de nos instructeurs à nous aider à nous tenir droit. En ce qui me concerne, il a plutôt montré sa capacité à me faire courber le dos. Je ne comprends pas qu’on ait pas plus de considération pour la cause des enfants en difficulté dans notre pays. Pour faire avancer la question, il m’était donc judicieux de quitter ce parti politique qui ne présente pas dans ses habitudes culturelles par ailleurs de parler clairement des problèmes auxquels il est confronté. Ne pas avoir une idée claire de ce que l’on estime important, cela semble faire partie du problème mental de ce parti politique en général. C’est un problème d’évolution de la pensée humaine. Ce n’est pas avec des fonctionnements psychologiques primaires et rigides qui misent sur des stratégies mafieuses d’étouffement (l’obscurantisme) que l’on pourra résoudre la question de l’éducation dans le système judiciaire. Il n’y a rien de plus légitime à rechercher une autorité de compétence plus qu’une autorité de hiérarchie.

    Néanmoins j’y vois une note de reconnaissance du genre « on n’est pas bons mais on fait ce qu’on peut ». Moi je crois qu’on peut faire plus, non seulement je le crois, mais je le fais. On a beau vouloir améliorer les problèmes de coordination, cela ne change rien au problème fondamental qui se résume à l’absence d’une vision commune à la fois globale et précise. Et quant on est passé aussi loin de la juste analyse sur l‘affaire de Clément, alors mieux vaut ne rien faire. Commettre une erreur est humain, reproduire deux fois la même erreur après avoir été averti deux fois en prenant toutes les dispositions pour faire taire le contradicteur, ce n’est plus une erreur, c’est un crime.

    III. Une perspective fondamentale pour demain

    1°) Combattre le bâton empoisonné
    2°) La nécessité d'un engagement professionnel de qualité
    3°) la nécessité d'instaurer un nouveau protocole
    4°) organiser l'impulsion sociétale

    « Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autre titre que celui-là… »   (Pablo Neruda)

    Dans notre monde actuel  des frilosités, je conçois que le fait de proposer une stratégie puisse effrayer. Pour moi ce type de démarche  repose sur une attitude qui se définit de la façon suivante :  chercher à utiliser ses compétences pour réduire la part d’incertitude qui pèse sur l’avenir des plus jeunes et des plus fragiles, c’est le fondement même de la bienveillance, une définition qui en tout cas respecte en tous points mes aspirations culturelles, intellectuelles et morales.
     
    Malmenés à l’intérieur de l’institution et sur-protégés de l’extérieur par cette même institution, les éducateurs sont des faussaires en puissance: le faussaire donne le change dans un premier temps, mais il n’est plus là lorsqu’on est au bord de la déroute qu’il a n’a pu empêcher, faute de formation adaptée dans le cas présent.
    Nous allons ici aborder un cas d’écueil récurrent dans un premier temps, relativement facile pourtant à traiter, vous le verrez. Ensuite nous aborderons la conception de l’engagement professionnel en 4 points.
     
    La stratégie que je propose est simple, elle s’appuie sur le principe de l’homéopathie. Il s’agit d’adapter le plus possible et de façon régulière la réponse de l’organisme  aux agents pathogènes tels qu’ils sont  identifiés comme étant les plus dangereux et de s’en prémunir, les agents pathogènes étant ici des comportements.

    Voici la principale stratégie inconsciente à combattre dans les Pouvoirs Public. Car cette façon de faire n’est pas isolée, elle est récurrente. C’est « notre façon de travailler » dixit l’éducatrice.  Cette problématique  je l’appelle…




    1°) Le virus du bâton empoisonné :

     il agit en trois étapes.

    1. la réduction d’identité: « la taille »
    L’identité de l’enfant est réduite à sa famille naturelle. Je veux citer pour exemple cette lettre que le président du Conseil Général a bien voulu m’adresser à l’issue de la réunion  en 2005 (Clément  avait 16 ans) des différents protagonistes étant intervenus dans son histoire. « Je vous confirme qu’il a été tenu compte de l’évolution de l’enfant et de sa famille naturelle ». Faut-il préciser qu’ il s’agit là d’un travail effectué sur la base d’un point de vue tronqué? La personnalité ne se résume pas à une écologie relationnelle entre l’enfant et sa famille naturelle.

    2. la rupture de la personnalité: « la brisure »
    C’est le résultat qui provient d’une décision prise sur la base de la réduction d’identité explicitée ci-dessus. Le changement de vie de l’enfant induit en lui une prédisposition au questionnement permanent qui est tellement bouillonnant que l’enfant lui-même est appelé à le refouler (à en faire une totale abstraction). Lorsque l’éducateur prétend que « tant que l’enfant ne dit rien, il faut poursuivre » , est un vrai danger. L’enfant ne sait plus qui il est, il est exactement dans le cas que décrivait Jacques Chirac dans son livre de profession de foi avant d’accéder au pouvoir en 1994,  il est intérieurement divisé.

    3. le passage du chapeau : « l’étalement »
    C’est le coup de grâce qui fait que de nombreux enfants ne pourront plus s’en sortir. Il s’agit d’une opération de politique interne à l’Etat qui consiste à culpabiliser l’enfant, rejeter sur lui la faute commise par les éducateurs précédents, afin de couvrir ces derniers. Il s’agit d’en faire un paillasson, un bon chrétien persécuté, un martyr qui doive trouver en la matière le sens de la vie. En clair il s’agit de l’éloigner de son propre sens de l’accomplissement humain en lui faisant porter le chapeau des incohérences du système. Je donne pour exemple l’épisode où Clément exprimait son devoir de citoyen en ayant averti des jeunes délinquants que ce n’était pas bien d’utiliser la bombe aérosol qu’il leur fournissait pour mettre le feu quelque part. Son éducatrice l’a contredit et appuyé les reproches à son encontre alors qu’il fallait dire « oui mais ce n’est pas suffisant et il va falloir redoubler d‘efforts. Quel que soit ton passé on ne peut pas laisser passer ça». C’est le principe de base de l’explication de la punition.  Un jeune qui est affectivement disséminé prend un départ dans la vie où il est socialement diminué. Il n’a plus de repères affectifs ni vis-à-vis de lui-même, ni vis-à-vis des autres. Il n’a qu’un vague ressenti pour exprimer son refus devant ce qu‘on veut faire de lui, et il le fait en outre-passant ses droits. Il ne sait pas pourquoi il se révolte, mais il sait qu’il le doit.

    La solution préventive
    A chaque étape son antidote:
    1°) assimiler la notion de référent éducatif privilégié: c’est par le cœur que l’on parvient à la raison.
    2°) chercher à identifier ce référent éducatif privilégié: il peut s’agir d’une personne ou d’un groupe de personnes.
    3°) chercher à établir les conditions du dialogue avec ce référent affectif privilégié: « l’éducation est avant tout un travail d’équipe » (le père Guy Gilbert, prêtre éducateur)

    Exception:
    Je veux ici faire une observation concernant une attitude que j’ai adoptée avec la seule éducatrice sur le dossier  qui m’a semblé vraiment opérationnelle. J’ai pris une décision un jour sans lui en parler, une décision discréditant en partie son travail: je partageais l’avis de Clément quant à l’importunité du projet qui consistait à lui faire étudier la menuiserie, lui qui se destinait à la coiffure. Il y a en effet une exception à la règle du travail d’équipe, qui est la suivante et qui repose sur le principe de l’endossement de la responsabilité personnelle: décider, c’est prendre sur soi et refuser tout secours.
    Une attitude impossible pour un professionnel mais tellement plus claire pour un particulier. Voilà sans doute pourquoi Clément sera parvenu à pondérer  sur le fil du temps son sens de l’écoute. Devant la complexité de la situation, il nous fallait supprimer les intermédiaires. Par ailleurs, pour comprendre quelqu’un, il faut chercher à savoir ce qui est important pour lui. Ce qui était important  pour Clément comme pour moi, c’était de retrouver notre statut de frère: une relation sans intermédiaire là aussi. Lorsque l’être aimé est à la maison, c’est tout vôtre être qui s’illumine.    

    2°) La nécessité d’un engagement en 4 points :
     Affect, Honnêteté, Travail Consciencieux, Respect  
    Les pistes pour parvenir à anticiper les problèmes de communication sont toujours multiples: elles tournent autour de l’affect, des sens du travail, du respect et de la transparence dans le dialogue.

    Petit tour d’horizon de l’affect:
    Alors même que je pourrais être sectaire une fois dans mon analyse je me refuse à agir de la sorte. Après tout dois-je vraiment me justifier sur le fait que le verbe aimer est le plus important de tous. Je
    vais le présenter comme une proposition. Nous avons tous besoin de considération. Un jour, j’ai vu un reportage à la télévision montrant un juge qui avait l’air de très bien connaître son travail. Il disait, « je n’ai pas à mépriser les délinquants qui passent dans mon bureau. Moi j’ai eu la chance de grandir au milieu de parents qui m’aimaient et tout le monde n’a pas cette chance»  . Je n’irai pas jusqu’à tenter de convaincre  que l’amour est la valeur fondatrice éternelle même si je le pense au plus profond de moi, je veux respecter l’engagement de ceux qui croient dur comme fer au détachement et au libéralisme économique et social qui balaye notre planète en ces jours sombres. Ce que je veux affirmer en revanche, c’est que l’amour, la notion de considération, le besoin d’importance, constitue le noyau de départ de la personnalité, la rampe de lancement pour l’aventure humaine. Une relation affective est un facteur nourricier. Celui qui a le discernement de circonstance sait bien faire la différence entre l’amour de la violence et la violence de l’amour qui communique une force de rayonnement enviable des lieues à la ronde. Depuis toujours par ailleurs je crois au sens des mots et des expressions idiomatiques. « Parent nourricier » est une expression qui signifie bien plus que les personnes concernés ont préparé le repas de l’enfant sur une certaine période. C’est une question de bon sens. Nul besoin n’est d’une formation particulière pour en arriver à ce type de conclusion, il suffit d’être honnête avec soi-même et avec les autres. Ainsi il devient évident que traiter un dossier en considérant exclusivement la relation de communication établie entre l’enfant et sa famille naturelle est une attitude dangereusement réductrice.  C’est aussi l’honnêteté vis-à-vis de soi même qui permet de ne pas oublier qu’éduquer signifier « conduire vers l’autonomie » et non « faire plaisir à la maman naturelle malgré ses troubles psychiatriques et son amitié avec la chef de service ».

    Un enfant n’est pas une chose que l’on déplace, la délocalisation est possible pour les antennes de 
     production d’une entreprise, pas pour un enfant. Chosifier l’enfant, c’est le condamner. Si un éducateur veut retirer un enfant à une famille et qu’un autre veut l’y remettre 5 ans plus tard c’est que le travail a été saboté à un endroit, c’est incontestable.

    Le sens de l’Honnêteté:
     L’honnêteté puisqu’on en parle est cette qualité qui permet d’aboutir à la transparence: on dit ce que l’on fait et l’on fait ce que l’on dit. Après l’affaire Rémy Le Cor, n’est-il pas indispensable d’en rappeler les principales composantes aux acteurs concernés? Dans la pensée chinoise, « l’honnêteté est cousine de la loyauté: elle s’appuie sur une intelligence claire et agissante. Elle a également pour pendant la sincérité qui consiste à mettre  sa pensée en accord avec ses paroles et enfin ses paroles avec ses actes » . S’il y a bien une chose qu’un vrai communicateur cherche à éviter, ce sont les malentendus.  Il y a en général deux causes aux malentendus: ou bien on ne s’explique pas sur ce qu’on a voulu dire, ou bien on ne fait pas ce qu’on dit. Nous sommes ici au cœur d’un fléau institutionnel permis par le fait que nous avons affaire à un mode de communication théocratique, vecteur suprême de l’absurdité,  et non cellulaire.

    Le sens du Travail Consciencieux:
    L’honnêteté et la transparence permettent d’aboutir à la notion de travail consciencieux. Lorsqu’on est confronté à un doute concernant la cohérence de son travail, le dialogue devient éprouvant certes, mais il reste le meilleur moyen de détecter cette incohérence. La difficulté, même dans le dialogue, permet d’entretenir la perspicacité de l’analyse. Le travail d’éducateur exige une consistance culturelle et intellectuelle signifiant plus une forme aboutie de l’intelligence humaine qu’une intellectualité saugrenue et obscurantiste. Les sophismes, la poudre aux yeux, les marchands d’illusion, tout cela va bon train dans notre monde superficiel, mais pour combien de temps encore? Toujours dans la pensée chinoise,  le travail consciencieux aboutit tôt ou tard à l’universalité de la pensée et donc à l’exactitude de la chose discutée. Pareil précepte permet au moins  d‘entretenir la motivation des honnêtes gens face à la difficulté. En attendant, il est bon de se pencher sur la conception aboutie de la charité: « une bonté agissante qui se distingue de la pitié larmoyante, cette dernière n’étant que fondatrice de la bienfaisance infantile de proximité. » Le rôle d’un professionnel, ce n’est pas de chercher à produire les effets d’une fondation caritative et quand bien même ça le serait il faudrait être humainement cohérent jusqu’au bout et être alors capable de s’excuser en cas de grossière erreur commise sur la base des supposés bons sentiments. Le rôle d’un professionnel c’est d’actualiser sa connaissance et la configurer à un minimum de schémas d’interventions éprouvés en tant qu’outils de travail moderne et savoir utiliser ses outils. A l’Etat-Providence il peut être hautement souhaitable de privilégier l’Etat consciencieux. Il ne suffit pas de s’émouvoir devant la misère, il faut passer à l’action. Et l’action c’est du court, du moyen et du long terme. La voie hiérarchique dans les institutions semble être considérée comme le chaperon de la conscience professionnelle, elle devrait l’être en effet. Mais pour l’observateur averti, c’est le sens de l’entreprise qui détermine la notion de conscience professionnelle.

    Le sens du Respect :
    A côté de l’honnêteté et du sens du travail bien fait il existe une autre valeur fondamentale que j’ai eu la chance de me voir transmettre dans mon éducation: le respect de l‘être et du travail. Respecter les efforts produits par tout un groupe de personnes autour d’un enfant, c’est un autre moyen d’envisager de maintenir une relation de communication nourricière. Respecter un enfant, c’est entendre son désert affectif dans le silence sans lui demander de le verbaliser comme un psychiatre. Toujours selon la pensée chinoise, « le respect est cette force, qui, à travers la métamorphose permet à ceux du futur, l’héritage de ceux du passé. Il s’étend à tout ce qui a été, ce qui est et tout ce qui sera. » . Le terme respect vient du latin respicere et signifie « examiner, tourner les yeux vers ». Le respect de l’enfant c’est savoir sans qu’on ait besoin de vous le rappeler qu’il est non seulement une graine à planter, mais aussi un arbre à donner des fruits. La capacité de conférer du respect à autrui, cela porte un nom: l’honneur. Honorer son institution, c’est se comporter en personne d’honneur. Magistrats et auxiliaires de justice doivent être animés par la même intention intègre d’honorer leur institution.


    Une qualité d’engagement est nécessaire:
    Lorsque l’on détruit la vie d’un enfant comme les Pouvoirs Publics l‘ont fait avec celle de Clément, ce n’est pas parce que l’on a raté une occasion, mais parce que l’on a tout analysé avec une certaine nonchalance. Ce n’est pas ainsi que l’on doit représenter le vrai sens des responsabilités, sauf erreur de ma part. Ce n’est pas ainsi que l’on témoigne d’un savoir spécialisé authentique, ce n’est pas ainsi que l’on se montre en toute logique à la hauteur  de son titre d’éducateur spécialisé. Certes je ne suis pas contre  l’idée d’encourager l’éducateur à forger sa compétence à partir d’un travail de recherche personnelle, mais je pense qu’un système de contrôle doit être mis en place. En comparant l’éminent travail de cette éducatrice hors normes que j’ai eu la chance de rencontrer à celui de ses consoeurs très consensuelles dans le non-agir dont l’attitude  reflète sans nulle doute une tendance représentative,  je comprends une chose essentielle: de même que c’est la qualité de la formation qui fait la qualité de l’engagement,  c’est la qualité de l’engagement qui fait la qualité de l’éducateur. C’est cette qualité d’engagement qui permet à l’éducateur de dépasser la suffisance du gigolo, d’entrer dans la dimension de l’anticipation. Il y donc un problème quelque part qui se situe et à la base dans le recrutement et dans la formation, ou des éducateurs, ou des psychologues, ou des deux. Et pour tous ceux qui persistent à vouloir résumer la nature de ma démarche comme un acte pathologique je veux dire qu’on peut résumer les choses autrement. On pourra dire que dans ma famille nous avons peut-être un sens moral  de l’engagement supérieur à celui des deux éducatrices professionnelles qui n’ont pas voulu m’entendre. 
    Je voudrais ici m’adresser à la conscience de ces intervenantes quant à la façon de déterminer un niveau de conscience professionnelle: dans les Pouvoirs Publics où la responsabilité est multiple, l’acte de décision est dans la plupart des cas le fruit d’un discours, tellement il est vrai que chaque agent est conservateur de sa réputation auprès des autres. Le discours est le fruit d’un positionnement. Le positionnement est le fruit d’une vision (ou d’un manque de vision).  Là où il n’y a pas de vision les gens périssent. La vision est le fruit de l’éveil et l’éveil est le fruit de l’étude. Pour ma part cela fait 15 ans désormais que je fixe mes objectifs en fonction de mon niveau d’études et d’éveil. A travers la première erreur grossière commise sur le dossier de mon petit frère de coeur je m’estimais déjà en droit en 2005 de placer ma foi en ma science et mon âme beaucoup plus qu’en l’institution judiciaire, question de cohérence intellectuelle autant que de fidélité affective. Aussi est-il logique de considérer comme profondément dangereux pour l’enfant toute spéculation visant à me faire lâcher prise sur le dossier. Les gens sont comme les sachets de thé, on ne découvre leur force que lorsqu’ils sont plongés dans l’eau chaude. Pour voir grandir sereinement un enfant, il ne faut pas le mettre au congélateur après l’avoir plongé dans un bon bain chaud. Le replacer en foyer à l‘âge de 16 ans, c’était le condamner à nouveau. J’estime qu’après une énorme erreur de ce genre, le moins que l’on puisse attendre d’une institution, c’est une décision médiane, propre à la stratégie du « gagnant-gagnant » et qui comprenne cette ô combien pertinente pensée de Joseph Joubert: « quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil ». Par ailleurs, il reste que la personne qui a appris à se juger d’après la qualité de ses objectifs est plus mûre à mes yeux que celle qui se juge d’après son entourage et il finit par arriver un moment où il faut être de ceux qui persuadent où de ceux qui se laissent persuader. Et si la persuasion ne fonctionne pas pour cause d’étroitesse d’esprit, ne serait-ce qu’un seul côté du dialogue, alors il faut résister, demeurer intègre, encaisser les coups et se retirer tant que possible en attendant les jours meilleurs. En effet, tout n’est pas monnayable, il est des valeurs intouchables. Des facteurs déterminants de la survie ou de l’anéantissement. Se retirer ce n’est pas s’exclure, c’est se donner la possibilité d’y voir plus clair. Ce que j’ai vu sur le moment c’est que commettre deux fois la même erreur après deux avertissements en utilisant vraisemblablement les forces de polices pour décontenancer l‘adversaire, c’est un crime. Il faut alors stopper l’organisation mafieuse. Ce que je vois aujourd’hui, c’est que la justice est comme le régiment: elle abrite deux sortes de gens: ceux qui maîtrisent la frustration, et ceux qui regrettent de na pas l’avoir fait.  Nous sommes entourés dans les Pouvoirs Publics par des gens qui sont convaincus que le plus court chemin d’un point à un autre est une ligne droite. Ce n’est pas vrai au plan de l’éducation. Le curé d‘Ars avait pour « Le bon sens n’est pas toujours le plus court chemin, mais c’est le plus sûr. » La ligne droite en psychologie n’est pas le trajet mais la médiane d’une sinusoïdale, qui elle, est le trajet. Là encore ne pas confondre la carte et le territoire.  Ma conception de l’acte juste par la recherche de l’excellence. Et mon point de vue sur l‘excellence est le suivant: elle consiste à « se servir de ses talents pour développer son pouvoir et celui des autres de façon véritablement positive, de façon à engendrer une réussite commune massive et joyeuse » (Anthony Robbins). Ce que je vois aujourd’hui, c’est qu’il est indispensable que l’éducateur soit un vrai professionnel de la rencontre.


    3°) La nécessité d’instaurer un nouveau protocole:
    D’une façon générale il y a un problème d’évolution dans les consciences qui se situe à la fois dans la sphère professionnelle et dans la sphère politique. Trop de gens y confondent le « politiquement correct » avec « la complaisance dans l’inconscience ». Détourner le regard, ce serait s’en rendre complice. Tant que la réflexion de l’éducateur ne sera pas précisément structurée, il ne pourra la gérer aisément. Il faut lui donner les moyens de cerner la question. Il faut combler cet énorme  vide laissé par tant de gens qui ne parviennent  pas à assumer leur responsabilité professionnelle.  La Justice passe trop de temps en proportion à se regarder le nombril et pas assez à regarder le cœur de l’enfant. La justice doit être faite pour l’enfant et non l’enfant pour la justice. Elle doit être le dépôt de la foi dans l’action (l’enfant sent l’incertitude de l’éducateur et sa difficulté de compréhension). Il faut pour cela creuser la formation se doter d’une clé de voûte pour donner un toit à ce qui n’est encore aujourd’hui qu’une grange ouverte.

    De toute évidence il y a un décalage profond entre la préparation que je me suis imposée pour devenir un bon animateur de soirées et artiste de variétés (c’est mon métier) et celle qui est demandée aux éducateurs. J’ai voulu me montrer à la hauteur du rôle pivot que je peux jouer un jour de mariage, un jour crucial dans une vie. Les éducateurs quant à eux, sont-ils conscients du rôle pivot qu’ils vont jouer dans l’existence de l’enfant en motivant à leur gré des décisions de justice qui vont influer de façon irréversible sur le cours de leur destinée? Bien sûr on peut toujours opposer la notion de libre arbitre à celle d’une fatalité potentiellement provisoire, mais pour se libérer de cette fatalité potentiellement provisoire il faut un équilibre psychique non réprimé. C’est ici-même que l’on aboutit inévitablement à un grave problème d’IMPERITIE de la part du système. On ne peut pas à la fois  réprimer le sens de l’autodétermination et prôner le pouvoir du libre arbitre sans laisser de profondes séquelles dans l’esprit de l’enfant. Il s’agirait tout simplement d’une forme de torture mentale.  On ne peut pas prétendre vouloir aider quelqu’un et en même temps l’empêcher de transformer le traumatisme qui lui a fait changer de chemin en défi. Soyons honnêtes, s’il est possible que mon amour fraternel Rémy soit inconditionnel et je pense avoir toujours été ouvert en ce qui me concerne à la conversation et pardonnez-moi d’en être conscient, c’est aussi mon analyse des conditions qui surpasse le fonctionnement de la justice. Certes il arrive que les chiennes mordent leurs petits quand ceux-ci ont serré trop fort leurs mamelons. Mais une chienne n’a pas à s’imposer comme étant la mère d’un louveteau. Quand on ne sait pas faire, on ne s’impose pas. On ne devrait parler que lorsque l’on a une parole plus forte que le silence et s’engager à remplacer le théâtre institutionnel par une véritable réflexion de compétence. De même que la hauteur d’un édifice doit se conjuguer avec sa profondeur, la fermeté doit se conjuguer avec la véritable autorité, celle qui protège. Si vous ne protégez pas, votre autorité est dans le meilleur des cas une chimère, dans le pire une horrible menace totalitaire. Ne sommes-nous ici dans le pire des cas : l’incompétence et l’impériosité ne sont pas compatibles.   
     
    C’est pourquoi je pense qu’une formation efficace des intervenants dits spécialisés en matière d’éducation devrait permettre aux enfants pris en charge d’accéder au sentiment d’abondance à tous les niveaux du travail psycho-éducatif, non pas qu’il agisse d’une fin en soi, mais d’un moyen d’empêcher la suffisance qui aboutit trop souvent par manque de profondeur dans la réflexion  à fabriquer de la détresse.  A la base ce sont les objectifs de compétence qui sont insuffisants pour ne pas dire insultants dans un pays qui fut dans l’histoire européenne le fer de lance de la pensée chrétienne  qui consiste à placer l’enfant fragile au premier plan des préoccupations.

      De même se sentir bien dans son corps, cela implique de savoir l’accorder avec son esprit. Or en ce qui concerne la réflexion sur la question psycho-éducative notre pays dispose d’un réseau herculéen (son corps)  avec des volontés de transformation lilliputiennes (son esprit). La maîtrise du langage est un pouvoir, une compétence et le monde éducatif et judiciaire est la première sphère qui devrait s’en préoccuper. Car quel que soit les conservatismes en place sur la question, éduquer c’est beaucoup plus que de placer le curseur entre l’inculcation et la permission, éduquer, c’est aussi chercher ensemble à protéger les générations futures.  Eduquer c’est faire en sorte qu’une série d’erreur serve de tremplin pour s’élever et non de paillasson pour continuer à transgresser, à camoufler, à refouler. 

    Les dysfonctionnements répertoriés ci-dessus viennent du fait qu’en amont de la décision judiciaire à long terme, nous ne disposons  pas d’un valeureux protocole d’évaluation : les usages actuels ne sont pas basés  sur la finesse d’analyse qui porte vers l’objectivité. Pour faire levier, le bâton ne suffit pas, il faut un appui (conceptuel).  La fermeté des décisions judiciaires est disproportionnée par rapport à leur garantie de qualité.  Ce système a beau prétendre effectuer une prise en charge, il ne le fait  qu’a court terme à travers des opérations de charité de proximité. Sur le long terme il sème les effets d’une incontrôlable bousculade…une bousculade qui incite à la bascule au-delà de nos lois. C’est le système qui a fait basculer Rémy comme il en fait basculer d’autres.  Au bout du compte, il n’est vraiment  pas certain que ce système ait plus donné qu’il n’ait pris.  Je dirai même plus, lorsqu’on a affaire à des intervenants assermentés qui pratiquent l’art du faux témoignage, le danger est extrême et le système devient une machine infernale à broyer l’espoir. Les chances d’épanouissement de l’enfant deviennent alors incroyablement minimes. C’est l’espoir que doit incarner l’éducateur et non le découragement.  

    En 2003, un article de la presse locale titrait en parlant de la protection des mineurs au sujet d‘un procès d‘adolescent: « un système qui fabrique de la délinquance».  Lorsqu’une entreprise fonctionne à l’encontre de sa vocation, il faut avoir le courage de chercher à identifier les unités de fabrication qui font défaut. Dès lors, il ne suffit pas de passer le chiffon sur les machines ou encore d’accélérer la production par une plus grande rapidité de la chaîne de fabrication. Il faut parfois savoir  changer de « machine».  Suffirait-il de sensibiliser les intervenants sur leurs limites. Ce n’est pas un supplément d’âme qu’il convient à mon sens de revendiquer mais un saut d’évolution quantique qui oblige à la faculté de la stratégie globale. Tel est mon sens d’une humanité qui ne s’enlise pas dans l’insouciance mais qui se pose en quête en justesse. C’est le seul moyen ne pas sombrer dans l’hésitation qui permet les faux semblants. Sans le souci de la stratégie globale, on ne combat pas l’injustice, on la mutualise, on a affaire à un système qui « se la raconte» .  

    En l’occurrence, pour codifier le fonctionnement du système, il apparaît nécessaire de faire  appel aux « unités de fabrication » de ces « unités de fabrication » à savoir la sphère syndicale, politique et maçonnique qui constituent l’ « œuf social».  « Il est plus que temps de songer à dynamiser l’état général des connaissances propres au domaine socio-éducatif dans les milieux autorisés à décider du sort des plus fragiles ».



    4°) Organiser l’impulsion sociétale:

    « Le principe du vaccin, c’est de chercher le remède dans la faute »

    Comment pourrais-je rallier à ma cause les énergies de la transformation si je ne parviens pas à expliciter mon positionnement personnel?  D’ordinaire je suis du genre à observer le principe de Dale Carnegie dans les rapports humains: « cherchez le remède, pas la faute ». Mais lorsque l’on s’adresse à un ou plusieurs adultes censés être  engagés dans un processus de réflexion, il convient de reconnaître  que le remède est parfois  dans la faute. C’est le principe du vaccin. A partir du moment où j’apprends qu’une impensable énormité est possible dans le système, cela veut dire que d’autres énormités sont possibles. Ces autres énormités potentielles, comment les débusquer? A quel niveau se produisent-elles? Laisser croire aux décisionnaires bien-pensants officiels et officieux ce qu’ils veulent croire et les laisser agir selon leurs habitudes. Identifier leurs sous-modalités. Etablir une typologie de leurs stratégies usuelles. On ne peut modifier en profondeur un fonctionnement éducatif si on ne s’attaque pas au mode stratégique déficient. Par ailleurs la recette du créateur selon Brian Eno commence par deux étapes: 1. Briser la routine. 2. Tirer profit du hasard et des erreurs.

    Oui j’ai découvert des énormités et des crimes au sein de l‘institution judiciaire. Non je ne veux pas de victime expiatoire, les inconscients qui agissent au-delà de leurs capacités sont les premiers bourreaux de leur propre vie et les choses s’équilibrent ainsi. Je veux juste dire qu’il y a un problème de courage dans l’exploration analytique des choses. Quoi que l’on vous dise à mon sujet, n’oublions pas que la colère est une ligne de démarcation efficace. « Si tu ne veux pas qu’on te piétine alors, ne mords pas forcément mais montre au moins les dents». Cela a fonctionné. Après avoir cherché à stopper l’inconscience de notre institution judiciaire et empêché de renouveler son massacre sur le cas de Rémy, ne m’appartient-il pas de chercher à développer la conscience sur tous les autres cas?  

    Briser la glace des  conservatismes:
     J’imagine combien cela pourra encore être difficile. John Kennedy Toole appelle cela « la conjuration des imbéciles », titre de son premier roman publié  d’après une phrase de Jonathan Swift: « Quand un génie véritable apparaît en ce bas-monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».
    Cela illustre d’une certaine manière le cheminement d’une idée fondamentalement nouvelle  dans le monde politique: d’abord elle rencontre le mépris, ensuite la contestation et enfin elle est adoptée. N’oublions pas que lorsque quelqu’un fait quelque chose de différent il a contre lui tous ceux qui voudraient faire comme lui, tous ceux qui font exactement le contraire et l’immense majorité de ceux qui ne font rien.
    Il reste qu’avant de pouvoir transformer une situation, il faut l’accepter. Tant que l’institution judiciaire n’acceptera pas qu’elle doit se reprendre sur la question psycho-éducative, elle continuera de faire tourner en rond ses éducateurs. La justice n’a pas rencontré suffisamment de pâtissiers. La place du pâtissier est à la cuisine et non à la cave. Aussi lui faut-il, afin d’atteindre ses prétentions, apprendre à élever la puissance de son four au lieu de chercher à incendier les gâteaux qui dépassent son actualité. L’institution judiciaire doit s’inspirer de Jean Paul Sartre: « ne pas être ce qu’elle a, mais être la totalité de ce qu’elle n’a pas encore ». Elle doit retrouver son âme. Ce qui lui faut, c’est le bonheur d’apprendre. La guérison chez les nord-amérindiens est l’ouverture à ce qui a été fermé, l’adoucissement de ce qui s’est durci et obturé. Guérir la justice c’est lui offrir l’étreinte de ce qui lui fait le plus peur. Ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup à faire qu’il faut être effrayé. D’ailleurs, désormais avec ce de dégagement de perspectives nouvelles, il y a beaucoup moins de travail à défricher. Non seulement sont regroupées ici diverses techniques d’analyse mais en plus nous ne manquerons pas de les relayer entre elles : il est légitime d’attendre d’un éducateur qu’il se montre loyal et circonspect avec l’ensemble de ses interlocuteurs. Si la circonspection est le fruit de l’étude, la loyauté est le fruit d’une pratique rompue aux exigences de la médiation et de l’art du dialogue. C’est ensuite et seulement ensuite que l’on peut faire preuve de fermeté. Dans le cas contraire on a affaire à la cruauté inommable de la bêtise humaine. Ce raisonnement, je ne l’ai pas inventé, d’abord parce qu’il tombe sous le sens, ensuite parce qu’il respecte en tous points la logique des relations humaines selon la sagesse soufie, il constitue le centre de l’ennéagramme, qui est un méta-programme ancestral. 

    Conclusion

    Conclusion: 

    L’environnement politique, ne nous lassons pas de le redire,  baigne dans la culture des jeux de rôles et de masques  et présente donc un écueil notable: celui de laisser partir à la dérive de l’absurde tout un tas de vocations professionnelles. Il y a deux manières de parvenir à supporter autant d’absurdité. Le premier moyen consiste à travailler chaque jour à son propre émerveillement, à l’illumination de soi-même, à organiser un construction dynamique de la connaissance. C’est le rôle du vrai responsable de participer au rayonnement de la connaissance. Le second consiste à s’acoquiner avec l’art de la ruse pour la ruse dans la suffisance, à faire corps avec le non-sens, le cultiver et l’entretenir dans le plus grand détachement de la douleur que l’on impose aussi aux autres. A chacun de voir pour lui-même quelle est la voie la plus saine, à chacun de voir en quelle mesure le système actuel présente le danger de servir d’outil privilégié à une politique en quelque sorte sociopathe, d‘une pensée humaine collégiale qui persiste à  enliser inconsciemment son pays dans un niveau d’organisation dépassé.  La situation de Clément est loin d’être un cas isolé. J’ai un ami, Patrick, qui a vécu la même chose 25 ans plus tôt. Aujourd'hui, le cas semble se reproduire avec l'affaire de la petite Cindy.  La justice n’est pas prudente. Elle se trompe de joyau, tout ce qui brille n’est pas or. En exauçant des désirs pathologiques de mamans déséquilibrées elle fabrique le désastre. Elle doit apprendre à développer un sens indéniable de la construction d’une relation. Travailler à l’éveil de lapensée humaine dans les coulisses de la chair judiciaire n’est pas une alternative, c’est un devoir. Au lieu de ruminer son échec, un vrai professionnel cherche à le comprendre. Celui qui veut conduire les autres doit avoir suffisamment de force et de perspicacité pour prévoir quels résultats produiront ses actions les plus anodines comme les plus graves. 

    Dans les périodes obscures de la société le pouvoir humain appartient à ceux qui se demandent pourquoi. Une fois que l’on a la cause, ou bien on cherche à punir un coupable, ou bien on cherche à refouler le fait que cela pourra se reproduire. Selon l’écrivain Bernard Werber, l’avenir appartient à ceux qui se demandent comment. Comment donc ce qui est censé être une élite a-t-il pu devenir une industrie rouillée de la décision? Selon la Gestalt, la difficulté ne nous vient pas du passé mais du futur. C’est dans le futur qu’il nous faut porter notre attention. Anthony Robbins, grand spécialiste de la motivation et de l’accomplissement humain nous le dit sous une autre forme: «nous devons nous dire qu’un événement se produit toujours pour une raison précise, nous devons faire en sorte de pouvoir nous en servir » . C’est sa façon de formuler ce que l’on appelle communément « transformer l’essai » ou encore « faire feu de tous bois ».
    En conséquence, il ne s’agit pas pour moi de chercher à condamner les transgresseurs mais de les inviter en tant qu’être humain  à faire face à leurs responsabilités en prenant connaissance du projet auquel ils auront participé malgré eux.  Une série de transgression aura permis d’en révéler une autre. Le laxisme est devenu tel dans notre société que ce refoulement général, on veut le faire passer, par manque de noblesse intellectuelle,  pour de la tolérance. Je considère que ce phénomène relève du laxisme dans la mesure où le manque de perception qui le concerne s’inscrit sur un plan professionnel. On peut se demander pourquoi il y a autant d’intervenants sur un dossier: est-ce pour augmenter les chances de réussite du travail? N’est-ce pas plutôt pour augmenter les possibilités de diluer la responsabilité en cas d’erreur? N’est-il pas tout à fait pertinent malgré tout  de chercher à traiter cette forme de laxisme si l’on veut accroître pour notre pays sa capacité à raisonner juste et à entretenir un nouveau sens de la ressource humaine partagée dans une société qui n’a de cesse de dépérir. Visons l’Etat compétence et non l’Etat providence. C’est en visant la compétence, qu’on se dirige vers l’incarnation de la Providence et c’est en visant directement la Providence qu’on incarne l’incompétence infernale. Certes cela ne se fera pas en un jour. Mais un voyage de dix mille lieues commence par un pas. Ce pas est-il aujourd’hui entamé? Le premier sera, devant l’immensité du fatras de parler aux éducateurs afin de diffuser une véritable technologie de l’analyse. Non qu’ils soient les premiers responsables de ce joyeux fatras (il y a aussi la part des psychologues et des magistrats) mais parce qu’ils seront peut-être les plus motivés. L’institution  a beau être lourde, c’est notre devoir d’être humain responsable de garder espoir. Un proverbe yiddish nous dit: « avec le temps, même un ours peut apprendre à danser ». L’éducateur Guy Gilbert explique aux parents que le plus grand des talents consiste à faire naître le sens des responsabilités chez un être. Ne perdons pas de vue qu’il s’agit ici de le faire naître auprès d’une institution qui a tout pouvoir pour vous faire taire. Commençons par sensibiliser l’Institution judiciaire sur la véritable consistance de l’ordre. L’ordre selon Jean-Louis Servan-Schreiber, ce n’est pas le cloisonnement mais le dégagement des perspectives qui permettent de saisir l’ensemble. Comment donc notre institution judiciaire pourrait-elle ignorer encore cette vision des choses? Ne devons-nous pas œuvrer de sorte à la libérer d’un fonctionnement arrivé à saturation? La pauvreté culturelle s’y résume à un manque de préparation intellectuelle dans un domaine qui la rend par nature insupportable. Il est nécessaire de jeter un pavé hygiénique dans la marre aux eaux troubles pour faire sortir l’éducateur spécialisé de sa chimère. 
        
    Il est désormais possible au lecteur objectif de réaliser que mon propos ne se résume peut-être pas à celui d’une  révolte personnelle mais qu’il est plutôt porteur celui d’une subversion visionnaire: le système judiciaire a besoin d’une seconde gestation qui le fasse sortir du fatalisme de ses propres insuffisances.  Il n’est pas concevable qu’une autorité castratrice puisse être en même temps incompétente et malhonnête : pareil système est forcément voué à l’explosion à un moment ou à un autre, quel que soit son nom.    
    Pour finir je voudrais citer deux auteurs: le premier, Gilbert Garibal, un expert français en communication nous dit que « le train de l’évolution ne se pilote pas les yeux rivés sur le rétroviseur mais fixés sur la ligne d’horizon » . Quant au second, magistral observateur de l’indifférence, il s’appelle Aimé Césaire et comment pourrait-on ne pas rendre hommage à sa réflexion savamment aiguisée lorsqu’il nous dit les choses ainsi : « Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.



    le conte philosophique


    On ne peut sauver  les uns sans les autres
    (Conte philosophique)


    Les vrais marins le savent bien, le voyage n’est pas fait pour la destination. Quand on a commencé à naviguer, c’est pour toujours. C’était déjà le cas à l’époque du Francia, parti à la conquête du nouveau monde.  Bonne-gamelle  avait pris place à bord du navire depuis de nombreuses lunes. Qu’y avait-il de plus important dans sa vie que la grande traversée? Dans les premiers temps il préparait les mets savoureux les plus originaux pour le capitaine et ses officiers. Tout cela fonctionnait plutôt bien jusqu’à ce qu’il fasse une terrible découverte. Alors qu’il descendait à la cave ce jour là, il entendit une voix l’appeler:
    « Bonne-gamelle, c’est toi? Je reconnais ton pas. C’est moi ton petit frère. Je suis enfermé ici. Je ne sais pas ce qu’on veut faire de moi mais c’est trop glauque ici, je n’ai pas confiance. Si tu peux me sortir de là fais-le. »
     Bonne-gamelle tenta d’ouvrir la porte qui le séparait de cette voix. Elle était barrée par une chaîne. Un coup d’épaule et le voici en face d’un étrange spectacle: le jeune frère Corri-Corri était là, enchaîné derrières des barreaux. Tous les deux ne s’étaient pas vus depuis bien des années. Corri- Corri était à la base un enfant trouvé. A cette époque, la Garde Royale se décrétait encore propriétaire de ces enfants. Ils étaient passé le chercher un matin pour l’emmener dans un autre type de vie.  Ils avaient affirmé à l’époque qu’ils lui offriraient une autre éducation
    « C’était donc ça leur projet, comprit Bonne Gamelle ».
    Il y avait dans ce compartiment du navire plusieurs dizaines de cages et d’enfants captifs.
    « Mais qu’est-ce que c’est que tout ça, que faites-vous ici?
    -- Nous sommes des hameçons humains, lança un gamin.
    -- Des hameçons humains, mais qu’est-ce que ça veut dire?
    -- On nous utilise comme appâts  pour la pêche aux requins. On nous attache au bout d’une corde, et lorsque tout se passe bien on nous fait remonter. Ensuite on a la possibilité de devenir pêcheur et d’organiser ces parties de pêche pour les autres.
    -- Et si ça se passe mal….?
    -- alors le danger c’est de finir dans la mâchoire du requin.
    -- Mais qui donc organise tout ça ici ?
    -- Quelle question, le chef de cale, bien sûr.
    -- Mais ce n’est pas acceptable, je vais en parler au capitaine, ou au moins à ses officiers.
    -- Fais comme tu veux, Bonne-Gammelle, mais je t’en prie sors moi de là, je ne veux pas servir de bifteck aux requins.
    Bonne-gamelle parvint à s’adresser au capitaine.
    « Mon capitaine, savez-vous ce qui se passe dans la cale? On y enferme des enfants, on les enchaîne , on les jette aux requins.
    -- Oui, je vois, répondit le capitaine, je comprends ce qui vous tracasse, je vais arranger ça.
    Bonne gamelle descendit aussitôt à la cale et vit son petit frère particulièrement réjoui .
    -- regarde mon frère, ma chaîne est déverrouillée et la porte de ma cage est ouverte.
    Manifestement, le capitaine avait donné des ordres pour libérer le petit frère.
    -- Ouf je l’ai échappée belle, s’exclama le jeunot.
    -- toi oui, mais les autres?
    C’est alors qu’on entendit un bruit de pas dans le couloir.
    -- vite fuyons!

    Les deux frères avaient trouvé refuge dans la cabine de Bonne-Gamelle. Le chef cuistot s’était engagé à apprendre à son cadet une autre façon de pratiquer la pêche. Il fallait d’abord se tisser un filet à partir des morceaux de cordes amassés aux différents endroits du bâtiment. Le procédé était extrêmement complexe.
    -- qu’est-ce que c’est contraignant ton filet, et c’est avec ça qu’on va attraper du poisson?
    Alors il lui expliqua son point de vue. En fait, ce filet n’était pas conçu pour deux pêcheurs, mais pour une multitude de pêcheurs. Il se destinait aussi aux compagnons de cale de Corry-corry.
    -- Et comment compte-tu t’y prendre pour les faire sortir de la cale?
    -- En les faisant passer par la grande trappe centrale .
    -- Devant tout le monde? Tu comptes y arriver tout seul?
    -- Oh que non. J’ai déjà essayé, et crois moi, les gardiens de la trappe sont redoutables. Ils sont complètement inconscients de  tout ce qui se passe  là-dessous, mais redoutables je ne peux agir que de façon tout à fait officielle.
    -- Qu’est-ce que tu veux dire?
    -- je vais montrer ce filet au premier lieutenant afin qu’il donne son aval pour permettre l’exercice de la nouvelle partie de pêche.
    -- Tu crois qu’on va t’écouter?
    -- Je ne sais pas, mais je dois essayer.
    -- Mais pourquoi fais-tu tout cela pour les autres? Moi je m’en suis sorti et c’est-ce qui compte, non?
    -- Non ça ne suffit pas. Tant qu’on peut faire autrement, on ne doit pas sauver les uns sans les autres.
    Sur ces bonnes paroles il alla trouver premier lieutenant:
    -- Bonne gamelle! Alors, on raconte que vous avez laissé ébranler votre sens de la navigation par une histoire personnelle. Vous sentez-vous mieux aujourd’hui?
    -- Aujourd’hui si je suis là , mon lieutenant, ce n’est pas parce je suis libéré d’un fardeau exclusivement personnel, mais parce que je viens de parachever mon travail pour venir en aide à l’ensemble des victimes de la cale.
    -- Mais de quoi parlez-vous donc?
    -- Tant que vous refuserez d’ouvrir la trappe mon lieutenant, vous ne pourrez pas comprendre le bien-fondé de ma demande. Sauf mon respect, c’est à un système barbare que vous accordez votre confiance. Tenez, regardez ce filet. Avec ceci vous avez tout ce qu’il faut  pour arrêter le massacre.
    -- Mais pourquoi me donnez-vous cela à moi?
    -- On raconte, Monsieur le Premier Lieutenant, que vous avez un penchant pour la bienveillance.
    -- et alors?
    -- Et alors je crois que le fondement de la bienveillance, c’est de mettre en œuvre les meilleurs moyens pour réduire la part d’incertitude qui menace les enfants les plus fragiles.
    -- Mais cela devrait demander à l’équipage de gros efforts pour accepter pareil changement.
    -- N’est-ce pas le propre du travail de fournir des efforts? N’est-ce pas leur métier?
    -- Pourquoi faites-vous cela?
    -- je pense qu’il est impossible de sauver les uns sans les autres.



    Une affaire de coeur

    Il y a toujours eu sur notre bonne vieille Terre des enfants nés avec l’esprit du bon vieillard. Ils sont rares mais ils existent. Bison Blanc, semble-t-il, était une de ces personnes. Cette soirée-là  était consacrée à la veillée familiale autour du feu. Petite Corneille vint à s’approcher de son aïeul. C’est alors qu’elle lui posa la grande question, celle qui allait changer le cours de sa vie :
    -- Dis Grand-père, ça veut dire quoi au juste le mot “famille”?
    -- La famille, c’est d’abord une affaire de coeur. Le sang lui est donc précieux, puisque c’est lui qui alimente le coeur, mais c’est le coeur, et non le sang, qui donne naissance au coeur.
    -- Qu’est-ce que cela veut dire?
    -- Je vais tâcher d’être plus clair : la famille est un groupe de gens avec qui l’on aime à partager ses joies sans se faire rabattre. C’est un lieu où l’on peut confier ses peines sans  crainte d’être raillé. C’est un climat de confiance où chacun donne sa chance à l’autre sans le juger. Dans une famille, on ne se trahit pas, on ne se dénigre pas, on ne se commande pas. On se dit les choses qui bloquent. On se les dit à demi-mot lorsqu’on est en groupe, ou bien  en face à face lorsque la demi-parole ne suffit pas. La famille, cela s’inspire sur l’impulsion de la foi. Qui ne croit pas en le Grand Esprit, ne sait pas croire en sa famille. Appartenir à une famille, c’est être capable d’échanger, c’est à dire de se mettre à la disposition de l’autre sans le forcer, ni se sentir forcé. C’est lui offrir un geste de courage sans se laisser envahir. C’est accepter le soutien de l’autre sans tomber sous son emprise, sans perdre sa valeur propre, sans passer à côté de ses propres talents.
    La famille, c’est le tuteur de la rose, le support qui ne cesse de tenir malgré les épines. C’est aussi l’épouvantail qui repousse les moineaux  sans étouffer la fleur, et permet alors son épanouissement. La famille obéit aux lois de la famille qui ne sont pas les lois dictées par un chef tout puissant, mais des règles universelles de vie que tout un chacun est appelé à intégrer au cours de son existence, sur le chemin de sa propre quête intérieure.
    Peu de personnes ont réussi à atteindre leur centre, et ceux qui savent y rester sont encore moins nombreux : ainsi parlent les proverbes. Et pourtant, c’est tout le voeu que je formule et que j’adresse à chacun de vous qui vous tenez devant moi, ainsi qu’à celles et ceux qui n’ont jamais quitté la table de mon coeur. La famille est une dimension sacrée qui a le devoir de savoir résister aux querelles internes sans que les uns ou les autres n’osent s’interdire de parler. La famille, c’est ce qui résume l’art de respecter, de s’engager, d’accueillir, d’écouter, de pardonner, partager, comprendre, délimiter ses espaces, soutenir et faire grandir pour enfin accepter le devoir de remplacer le rôle d’hier par le rôle d’aujourd’hui, sans jamais oublier que le pouvoir de l’amour est supérieur à tous les autres,  y compris celui de l’autorité.”