dimanche 22 mai 2011

III. Une perspective fondamentale pour demain

1°) Combattre le bâton empoisonné
2°) La nécessité d'un engagement professionnel de qualité
3°) la nécessité d'instaurer un nouveau protocole
4°) organiser l'impulsion sociétale

« Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autre titre que celui-là… »   (Pablo Neruda)

Dans notre monde actuel  des frilosités, je conçois que le fait de proposer une stratégie puisse effrayer. Pour moi ce type de démarche  repose sur une attitude qui se définit de la façon suivante :  chercher à utiliser ses compétences pour réduire la part d’incertitude qui pèse sur l’avenir des plus jeunes et des plus fragiles, c’est le fondement même de la bienveillance, une définition qui en tout cas respecte en tous points mes aspirations culturelles, intellectuelles et morales.
 
Malmenés à l’intérieur de l’institution et sur-protégés de l’extérieur par cette même institution, les éducateurs sont des faussaires en puissance: le faussaire donne le change dans un premier temps, mais il n’est plus là lorsqu’on est au bord de la déroute qu’il a n’a pu empêcher, faute de formation adaptée dans le cas présent.
Nous allons ici aborder un cas d’écueil récurrent dans un premier temps, relativement facile pourtant à traiter, vous le verrez. Ensuite nous aborderons la conception de l’engagement professionnel en 4 points.
 
La stratégie que je propose est simple, elle s’appuie sur le principe de l’homéopathie. Il s’agit d’adapter le plus possible et de façon régulière la réponse de l’organisme  aux agents pathogènes tels qu’ils sont  identifiés comme étant les plus dangereux et de s’en prémunir, les agents pathogènes étant ici des comportements.

Voici la principale stratégie inconsciente à combattre dans les Pouvoirs Public. Car cette façon de faire n’est pas isolée, elle est récurrente. C’est « notre façon de travailler » dixit l’éducatrice.  Cette problématique  je l’appelle…




1°) Le virus du bâton empoisonné :

 il agit en trois étapes.

1. la réduction d’identité: « la taille »
L’identité de l’enfant est réduite à sa famille naturelle. Je veux citer pour exemple cette lettre que le président du Conseil Général a bien voulu m’adresser à l’issue de la réunion  en 2005 (Clément  avait 16 ans) des différents protagonistes étant intervenus dans son histoire. « Je vous confirme qu’il a été tenu compte de l’évolution de l’enfant et de sa famille naturelle ». Faut-il préciser qu’ il s’agit là d’un travail effectué sur la base d’un point de vue tronqué? La personnalité ne se résume pas à une écologie relationnelle entre l’enfant et sa famille naturelle.

2. la rupture de la personnalité: « la brisure »
C’est le résultat qui provient d’une décision prise sur la base de la réduction d’identité explicitée ci-dessus. Le changement de vie de l’enfant induit en lui une prédisposition au questionnement permanent qui est tellement bouillonnant que l’enfant lui-même est appelé à le refouler (à en faire une totale abstraction). Lorsque l’éducateur prétend que « tant que l’enfant ne dit rien, il faut poursuivre » , est un vrai danger. L’enfant ne sait plus qui il est, il est exactement dans le cas que décrivait Jacques Chirac dans son livre de profession de foi avant d’accéder au pouvoir en 1994,  il est intérieurement divisé.

3. le passage du chapeau : « l’étalement »
C’est le coup de grâce qui fait que de nombreux enfants ne pourront plus s’en sortir. Il s’agit d’une opération de politique interne à l’Etat qui consiste à culpabiliser l’enfant, rejeter sur lui la faute commise par les éducateurs précédents, afin de couvrir ces derniers. Il s’agit d’en faire un paillasson, un bon chrétien persécuté, un martyr qui doive trouver en la matière le sens de la vie. En clair il s’agit de l’éloigner de son propre sens de l’accomplissement humain en lui faisant porter le chapeau des incohérences du système. Je donne pour exemple l’épisode où Clément exprimait son devoir de citoyen en ayant averti des jeunes délinquants que ce n’était pas bien d’utiliser la bombe aérosol qu’il leur fournissait pour mettre le feu quelque part. Son éducatrice l’a contredit et appuyé les reproches à son encontre alors qu’il fallait dire « oui mais ce n’est pas suffisant et il va falloir redoubler d‘efforts. Quel que soit ton passé on ne peut pas laisser passer ça». C’est le principe de base de l’explication de la punition.  Un jeune qui est affectivement disséminé prend un départ dans la vie où il est socialement diminué. Il n’a plus de repères affectifs ni vis-à-vis de lui-même, ni vis-à-vis des autres. Il n’a qu’un vague ressenti pour exprimer son refus devant ce qu‘on veut faire de lui, et il le fait en outre-passant ses droits. Il ne sait pas pourquoi il se révolte, mais il sait qu’il le doit.

La solution préventive
A chaque étape son antidote:
1°) assimiler la notion de référent éducatif privilégié: c’est par le cœur que l’on parvient à la raison.
2°) chercher à identifier ce référent éducatif privilégié: il peut s’agir d’une personne ou d’un groupe de personnes.
3°) chercher à établir les conditions du dialogue avec ce référent affectif privilégié: « l’éducation est avant tout un travail d’équipe » (le père Guy Gilbert, prêtre éducateur)

Exception:
Je veux ici faire une observation concernant une attitude que j’ai adoptée avec la seule éducatrice sur le dossier  qui m’a semblé vraiment opérationnelle. J’ai pris une décision un jour sans lui en parler, une décision discréditant en partie son travail: je partageais l’avis de Clément quant à l’importunité du projet qui consistait à lui faire étudier la menuiserie, lui qui se destinait à la coiffure. Il y a en effet une exception à la règle du travail d’équipe, qui est la suivante et qui repose sur le principe de l’endossement de la responsabilité personnelle: décider, c’est prendre sur soi et refuser tout secours.
Une attitude impossible pour un professionnel mais tellement plus claire pour un particulier. Voilà sans doute pourquoi Clément sera parvenu à pondérer  sur le fil du temps son sens de l’écoute. Devant la complexité de la situation, il nous fallait supprimer les intermédiaires. Par ailleurs, pour comprendre quelqu’un, il faut chercher à savoir ce qui est important pour lui. Ce qui était important  pour Clément comme pour moi, c’était de retrouver notre statut de frère: une relation sans intermédiaire là aussi. Lorsque l’être aimé est à la maison, c’est tout vôtre être qui s’illumine.    

2°) La nécessité d’un engagement en 4 points :
 Affect, Honnêteté, Travail Consciencieux, Respect  
Les pistes pour parvenir à anticiper les problèmes de communication sont toujours multiples: elles tournent autour de l’affect, des sens du travail, du respect et de la transparence dans le dialogue.

Petit tour d’horizon de l’affect:
Alors même que je pourrais être sectaire une fois dans mon analyse je me refuse à agir de la sorte. Après tout dois-je vraiment me justifier sur le fait que le verbe aimer est le plus important de tous. Je
vais le présenter comme une proposition. Nous avons tous besoin de considération. Un jour, j’ai vu un reportage à la télévision montrant un juge qui avait l’air de très bien connaître son travail. Il disait, « je n’ai pas à mépriser les délinquants qui passent dans mon bureau. Moi j’ai eu la chance de grandir au milieu de parents qui m’aimaient et tout le monde n’a pas cette chance»  . Je n’irai pas jusqu’à tenter de convaincre  que l’amour est la valeur fondatrice éternelle même si je le pense au plus profond de moi, je veux respecter l’engagement de ceux qui croient dur comme fer au détachement et au libéralisme économique et social qui balaye notre planète en ces jours sombres. Ce que je veux affirmer en revanche, c’est que l’amour, la notion de considération, le besoin d’importance, constitue le noyau de départ de la personnalité, la rampe de lancement pour l’aventure humaine. Une relation affective est un facteur nourricier. Celui qui a le discernement de circonstance sait bien faire la différence entre l’amour de la violence et la violence de l’amour qui communique une force de rayonnement enviable des lieues à la ronde. Depuis toujours par ailleurs je crois au sens des mots et des expressions idiomatiques. « Parent nourricier » est une expression qui signifie bien plus que les personnes concernés ont préparé le repas de l’enfant sur une certaine période. C’est une question de bon sens. Nul besoin n’est d’une formation particulière pour en arriver à ce type de conclusion, il suffit d’être honnête avec soi-même et avec les autres. Ainsi il devient évident que traiter un dossier en considérant exclusivement la relation de communication établie entre l’enfant et sa famille naturelle est une attitude dangereusement réductrice.  C’est aussi l’honnêteté vis-à-vis de soi même qui permet de ne pas oublier qu’éduquer signifier « conduire vers l’autonomie » et non « faire plaisir à la maman naturelle malgré ses troubles psychiatriques et son amitié avec la chef de service ».

Un enfant n’est pas une chose que l’on déplace, la délocalisation est possible pour les antennes de 
 production d’une entreprise, pas pour un enfant. Chosifier l’enfant, c’est le condamner. Si un éducateur veut retirer un enfant à une famille et qu’un autre veut l’y remettre 5 ans plus tard c’est que le travail a été saboté à un endroit, c’est incontestable.

Le sens de l’Honnêteté:
 L’honnêteté puisqu’on en parle est cette qualité qui permet d’aboutir à la transparence: on dit ce que l’on fait et l’on fait ce que l’on dit. Après l’affaire Rémy Le Cor, n’est-il pas indispensable d’en rappeler les principales composantes aux acteurs concernés? Dans la pensée chinoise, « l’honnêteté est cousine de la loyauté: elle s’appuie sur une intelligence claire et agissante. Elle a également pour pendant la sincérité qui consiste à mettre  sa pensée en accord avec ses paroles et enfin ses paroles avec ses actes » . S’il y a bien une chose qu’un vrai communicateur cherche à éviter, ce sont les malentendus.  Il y a en général deux causes aux malentendus: ou bien on ne s’explique pas sur ce qu’on a voulu dire, ou bien on ne fait pas ce qu’on dit. Nous sommes ici au cœur d’un fléau institutionnel permis par le fait que nous avons affaire à un mode de communication théocratique, vecteur suprême de l’absurdité,  et non cellulaire.

Le sens du Travail Consciencieux:
L’honnêteté et la transparence permettent d’aboutir à la notion de travail consciencieux. Lorsqu’on est confronté à un doute concernant la cohérence de son travail, le dialogue devient éprouvant certes, mais il reste le meilleur moyen de détecter cette incohérence. La difficulté, même dans le dialogue, permet d’entretenir la perspicacité de l’analyse. Le travail d’éducateur exige une consistance culturelle et intellectuelle signifiant plus une forme aboutie de l’intelligence humaine qu’une intellectualité saugrenue et obscurantiste. Les sophismes, la poudre aux yeux, les marchands d’illusion, tout cela va bon train dans notre monde superficiel, mais pour combien de temps encore? Toujours dans la pensée chinoise,  le travail consciencieux aboutit tôt ou tard à l’universalité de la pensée et donc à l’exactitude de la chose discutée. Pareil précepte permet au moins  d‘entretenir la motivation des honnêtes gens face à la difficulté. En attendant, il est bon de se pencher sur la conception aboutie de la charité: « une bonté agissante qui se distingue de la pitié larmoyante, cette dernière n’étant que fondatrice de la bienfaisance infantile de proximité. » Le rôle d’un professionnel, ce n’est pas de chercher à produire les effets d’une fondation caritative et quand bien même ça le serait il faudrait être humainement cohérent jusqu’au bout et être alors capable de s’excuser en cas de grossière erreur commise sur la base des supposés bons sentiments. Le rôle d’un professionnel c’est d’actualiser sa connaissance et la configurer à un minimum de schémas d’interventions éprouvés en tant qu’outils de travail moderne et savoir utiliser ses outils. A l’Etat-Providence il peut être hautement souhaitable de privilégier l’Etat consciencieux. Il ne suffit pas de s’émouvoir devant la misère, il faut passer à l’action. Et l’action c’est du court, du moyen et du long terme. La voie hiérarchique dans les institutions semble être considérée comme le chaperon de la conscience professionnelle, elle devrait l’être en effet. Mais pour l’observateur averti, c’est le sens de l’entreprise qui détermine la notion de conscience professionnelle.

Le sens du Respect :
A côté de l’honnêteté et du sens du travail bien fait il existe une autre valeur fondamentale que j’ai eu la chance de me voir transmettre dans mon éducation: le respect de l‘être et du travail. Respecter les efforts produits par tout un groupe de personnes autour d’un enfant, c’est un autre moyen d’envisager de maintenir une relation de communication nourricière. Respecter un enfant, c’est entendre son désert affectif dans le silence sans lui demander de le verbaliser comme un psychiatre. Toujours selon la pensée chinoise, « le respect est cette force, qui, à travers la métamorphose permet à ceux du futur, l’héritage de ceux du passé. Il s’étend à tout ce qui a été, ce qui est et tout ce qui sera. » . Le terme respect vient du latin respicere et signifie « examiner, tourner les yeux vers ». Le respect de l’enfant c’est savoir sans qu’on ait besoin de vous le rappeler qu’il est non seulement une graine à planter, mais aussi un arbre à donner des fruits. La capacité de conférer du respect à autrui, cela porte un nom: l’honneur. Honorer son institution, c’est se comporter en personne d’honneur. Magistrats et auxiliaires de justice doivent être animés par la même intention intègre d’honorer leur institution.


Une qualité d’engagement est nécessaire:
Lorsque l’on détruit la vie d’un enfant comme les Pouvoirs Publics l‘ont fait avec celle de Clément, ce n’est pas parce que l’on a raté une occasion, mais parce que l’on a tout analysé avec une certaine nonchalance. Ce n’est pas ainsi que l’on doit représenter le vrai sens des responsabilités, sauf erreur de ma part. Ce n’est pas ainsi que l’on témoigne d’un savoir spécialisé authentique, ce n’est pas ainsi que l’on se montre en toute logique à la hauteur  de son titre d’éducateur spécialisé. Certes je ne suis pas contre  l’idée d’encourager l’éducateur à forger sa compétence à partir d’un travail de recherche personnelle, mais je pense qu’un système de contrôle doit être mis en place. En comparant l’éminent travail de cette éducatrice hors normes que j’ai eu la chance de rencontrer à celui de ses consoeurs très consensuelles dans le non-agir dont l’attitude  reflète sans nulle doute une tendance représentative,  je comprends une chose essentielle: de même que c’est la qualité de la formation qui fait la qualité de l’engagement,  c’est la qualité de l’engagement qui fait la qualité de l’éducateur. C’est cette qualité d’engagement qui permet à l’éducateur de dépasser la suffisance du gigolo, d’entrer dans la dimension de l’anticipation. Il y donc un problème quelque part qui se situe et à la base dans le recrutement et dans la formation, ou des éducateurs, ou des psychologues, ou des deux. Et pour tous ceux qui persistent à vouloir résumer la nature de ma démarche comme un acte pathologique je veux dire qu’on peut résumer les choses autrement. On pourra dire que dans ma famille nous avons peut-être un sens moral  de l’engagement supérieur à celui des deux éducatrices professionnelles qui n’ont pas voulu m’entendre. 
Je voudrais ici m’adresser à la conscience de ces intervenantes quant à la façon de déterminer un niveau de conscience professionnelle: dans les Pouvoirs Publics où la responsabilité est multiple, l’acte de décision est dans la plupart des cas le fruit d’un discours, tellement il est vrai que chaque agent est conservateur de sa réputation auprès des autres. Le discours est le fruit d’un positionnement. Le positionnement est le fruit d’une vision (ou d’un manque de vision).  Là où il n’y a pas de vision les gens périssent. La vision est le fruit de l’éveil et l’éveil est le fruit de l’étude. Pour ma part cela fait 15 ans désormais que je fixe mes objectifs en fonction de mon niveau d’études et d’éveil. A travers la première erreur grossière commise sur le dossier de mon petit frère de coeur je m’estimais déjà en droit en 2005 de placer ma foi en ma science et mon âme beaucoup plus qu’en l’institution judiciaire, question de cohérence intellectuelle autant que de fidélité affective. Aussi est-il logique de considérer comme profondément dangereux pour l’enfant toute spéculation visant à me faire lâcher prise sur le dossier. Les gens sont comme les sachets de thé, on ne découvre leur force que lorsqu’ils sont plongés dans l’eau chaude. Pour voir grandir sereinement un enfant, il ne faut pas le mettre au congélateur après l’avoir plongé dans un bon bain chaud. Le replacer en foyer à l‘âge de 16 ans, c’était le condamner à nouveau. J’estime qu’après une énorme erreur de ce genre, le moins que l’on puisse attendre d’une institution, c’est une décision médiane, propre à la stratégie du « gagnant-gagnant » et qui comprenne cette ô combien pertinente pensée de Joseph Joubert: « quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil ». Par ailleurs, il reste que la personne qui a appris à se juger d’après la qualité de ses objectifs est plus mûre à mes yeux que celle qui se juge d’après son entourage et il finit par arriver un moment où il faut être de ceux qui persuadent où de ceux qui se laissent persuader. Et si la persuasion ne fonctionne pas pour cause d’étroitesse d’esprit, ne serait-ce qu’un seul côté du dialogue, alors il faut résister, demeurer intègre, encaisser les coups et se retirer tant que possible en attendant les jours meilleurs. En effet, tout n’est pas monnayable, il est des valeurs intouchables. Des facteurs déterminants de la survie ou de l’anéantissement. Se retirer ce n’est pas s’exclure, c’est se donner la possibilité d’y voir plus clair. Ce que j’ai vu sur le moment c’est que commettre deux fois la même erreur après deux avertissements en utilisant vraisemblablement les forces de polices pour décontenancer l‘adversaire, c’est un crime. Il faut alors stopper l’organisation mafieuse. Ce que je vois aujourd’hui, c’est que la justice est comme le régiment: elle abrite deux sortes de gens: ceux qui maîtrisent la frustration, et ceux qui regrettent de na pas l’avoir fait.  Nous sommes entourés dans les Pouvoirs Publics par des gens qui sont convaincus que le plus court chemin d’un point à un autre est une ligne droite. Ce n’est pas vrai au plan de l’éducation. Le curé d‘Ars avait pour « Le bon sens n’est pas toujours le plus court chemin, mais c’est le plus sûr. » La ligne droite en psychologie n’est pas le trajet mais la médiane d’une sinusoïdale, qui elle, est le trajet. Là encore ne pas confondre la carte et le territoire.  Ma conception de l’acte juste par la recherche de l’excellence. Et mon point de vue sur l‘excellence est le suivant: elle consiste à « se servir de ses talents pour développer son pouvoir et celui des autres de façon véritablement positive, de façon à engendrer une réussite commune massive et joyeuse » (Anthony Robbins). Ce que je vois aujourd’hui, c’est qu’il est indispensable que l’éducateur soit un vrai professionnel de la rencontre.


3°) La nécessité d’instaurer un nouveau protocole:
D’une façon générale il y a un problème d’évolution dans les consciences qui se situe à la fois dans la sphère professionnelle et dans la sphère politique. Trop de gens y confondent le « politiquement correct » avec « la complaisance dans l’inconscience ». Détourner le regard, ce serait s’en rendre complice. Tant que la réflexion de l’éducateur ne sera pas précisément structurée, il ne pourra la gérer aisément. Il faut lui donner les moyens de cerner la question. Il faut combler cet énorme  vide laissé par tant de gens qui ne parviennent  pas à assumer leur responsabilité professionnelle.  La Justice passe trop de temps en proportion à se regarder le nombril et pas assez à regarder le cœur de l’enfant. La justice doit être faite pour l’enfant et non l’enfant pour la justice. Elle doit être le dépôt de la foi dans l’action (l’enfant sent l’incertitude de l’éducateur et sa difficulté de compréhension). Il faut pour cela creuser la formation se doter d’une clé de voûte pour donner un toit à ce qui n’est encore aujourd’hui qu’une grange ouverte.

De toute évidence il y a un décalage profond entre la préparation que je me suis imposée pour devenir un bon animateur de soirées et artiste de variétés (c’est mon métier) et celle qui est demandée aux éducateurs. J’ai voulu me montrer à la hauteur du rôle pivot que je peux jouer un jour de mariage, un jour crucial dans une vie. Les éducateurs quant à eux, sont-ils conscients du rôle pivot qu’ils vont jouer dans l’existence de l’enfant en motivant à leur gré des décisions de justice qui vont influer de façon irréversible sur le cours de leur destinée? Bien sûr on peut toujours opposer la notion de libre arbitre à celle d’une fatalité potentiellement provisoire, mais pour se libérer de cette fatalité potentiellement provisoire il faut un équilibre psychique non réprimé. C’est ici-même que l’on aboutit inévitablement à un grave problème d’IMPERITIE de la part du système. On ne peut pas à la fois  réprimer le sens de l’autodétermination et prôner le pouvoir du libre arbitre sans laisser de profondes séquelles dans l’esprit de l’enfant. Il s’agirait tout simplement d’une forme de torture mentale.  On ne peut pas prétendre vouloir aider quelqu’un et en même temps l’empêcher de transformer le traumatisme qui lui a fait changer de chemin en défi. Soyons honnêtes, s’il est possible que mon amour fraternel Rémy soit inconditionnel et je pense avoir toujours été ouvert en ce qui me concerne à la conversation et pardonnez-moi d’en être conscient, c’est aussi mon analyse des conditions qui surpasse le fonctionnement de la justice. Certes il arrive que les chiennes mordent leurs petits quand ceux-ci ont serré trop fort leurs mamelons. Mais une chienne n’a pas à s’imposer comme étant la mère d’un louveteau. Quand on ne sait pas faire, on ne s’impose pas. On ne devrait parler que lorsque l’on a une parole plus forte que le silence et s’engager à remplacer le théâtre institutionnel par une véritable réflexion de compétence. De même que la hauteur d’un édifice doit se conjuguer avec sa profondeur, la fermeté doit se conjuguer avec la véritable autorité, celle qui protège. Si vous ne protégez pas, votre autorité est dans le meilleur des cas une chimère, dans le pire une horrible menace totalitaire. Ne sommes-nous ici dans le pire des cas : l’incompétence et l’impériosité ne sont pas compatibles.   
 
C’est pourquoi je pense qu’une formation efficace des intervenants dits spécialisés en matière d’éducation devrait permettre aux enfants pris en charge d’accéder au sentiment d’abondance à tous les niveaux du travail psycho-éducatif, non pas qu’il agisse d’une fin en soi, mais d’un moyen d’empêcher la suffisance qui aboutit trop souvent par manque de profondeur dans la réflexion  à fabriquer de la détresse.  A la base ce sont les objectifs de compétence qui sont insuffisants pour ne pas dire insultants dans un pays qui fut dans l’histoire européenne le fer de lance de la pensée chrétienne  qui consiste à placer l’enfant fragile au premier plan des préoccupations.

  De même se sentir bien dans son corps, cela implique de savoir l’accorder avec son esprit. Or en ce qui concerne la réflexion sur la question psycho-éducative notre pays dispose d’un réseau herculéen (son corps)  avec des volontés de transformation lilliputiennes (son esprit). La maîtrise du langage est un pouvoir, une compétence et le monde éducatif et judiciaire est la première sphère qui devrait s’en préoccuper. Car quel que soit les conservatismes en place sur la question, éduquer c’est beaucoup plus que de placer le curseur entre l’inculcation et la permission, éduquer, c’est aussi chercher ensemble à protéger les générations futures.  Eduquer c’est faire en sorte qu’une série d’erreur serve de tremplin pour s’élever et non de paillasson pour continuer à transgresser, à camoufler, à refouler. 

Les dysfonctionnements répertoriés ci-dessus viennent du fait qu’en amont de la décision judiciaire à long terme, nous ne disposons  pas d’un valeureux protocole d’évaluation : les usages actuels ne sont pas basés  sur la finesse d’analyse qui porte vers l’objectivité. Pour faire levier, le bâton ne suffit pas, il faut un appui (conceptuel).  La fermeté des décisions judiciaires est disproportionnée par rapport à leur garantie de qualité.  Ce système a beau prétendre effectuer une prise en charge, il ne le fait  qu’a court terme à travers des opérations de charité de proximité. Sur le long terme il sème les effets d’une incontrôlable bousculade…une bousculade qui incite à la bascule au-delà de nos lois. C’est le système qui a fait basculer Rémy comme il en fait basculer d’autres.  Au bout du compte, il n’est vraiment  pas certain que ce système ait plus donné qu’il n’ait pris.  Je dirai même plus, lorsqu’on a affaire à des intervenants assermentés qui pratiquent l’art du faux témoignage, le danger est extrême et le système devient une machine infernale à broyer l’espoir. Les chances d’épanouissement de l’enfant deviennent alors incroyablement minimes. C’est l’espoir que doit incarner l’éducateur et non le découragement.  

En 2003, un article de la presse locale titrait en parlant de la protection des mineurs au sujet d‘un procès d‘adolescent: « un système qui fabrique de la délinquance».  Lorsqu’une entreprise fonctionne à l’encontre de sa vocation, il faut avoir le courage de chercher à identifier les unités de fabrication qui font défaut. Dès lors, il ne suffit pas de passer le chiffon sur les machines ou encore d’accélérer la production par une plus grande rapidité de la chaîne de fabrication. Il faut parfois savoir  changer de « machine».  Suffirait-il de sensibiliser les intervenants sur leurs limites. Ce n’est pas un supplément d’âme qu’il convient à mon sens de revendiquer mais un saut d’évolution quantique qui oblige à la faculté de la stratégie globale. Tel est mon sens d’une humanité qui ne s’enlise pas dans l’insouciance mais qui se pose en quête en justesse. C’est le seul moyen ne pas sombrer dans l’hésitation qui permet les faux semblants. Sans le souci de la stratégie globale, on ne combat pas l’injustice, on la mutualise, on a affaire à un système qui « se la raconte» .  

En l’occurrence, pour codifier le fonctionnement du système, il apparaît nécessaire de faire  appel aux « unités de fabrication » de ces « unités de fabrication » à savoir la sphère syndicale, politique et maçonnique qui constituent l’ « œuf social».  « Il est plus que temps de songer à dynamiser l’état général des connaissances propres au domaine socio-éducatif dans les milieux autorisés à décider du sort des plus fragiles ».



4°) Organiser l’impulsion sociétale:

« Le principe du vaccin, c’est de chercher le remède dans la faute »

Comment pourrais-je rallier à ma cause les énergies de la transformation si je ne parviens pas à expliciter mon positionnement personnel?  D’ordinaire je suis du genre à observer le principe de Dale Carnegie dans les rapports humains: « cherchez le remède, pas la faute ». Mais lorsque l’on s’adresse à un ou plusieurs adultes censés être  engagés dans un processus de réflexion, il convient de reconnaître  que le remède est parfois  dans la faute. C’est le principe du vaccin. A partir du moment où j’apprends qu’une impensable énormité est possible dans le système, cela veut dire que d’autres énormités sont possibles. Ces autres énormités potentielles, comment les débusquer? A quel niveau se produisent-elles? Laisser croire aux décisionnaires bien-pensants officiels et officieux ce qu’ils veulent croire et les laisser agir selon leurs habitudes. Identifier leurs sous-modalités. Etablir une typologie de leurs stratégies usuelles. On ne peut modifier en profondeur un fonctionnement éducatif si on ne s’attaque pas au mode stratégique déficient. Par ailleurs la recette du créateur selon Brian Eno commence par deux étapes: 1. Briser la routine. 2. Tirer profit du hasard et des erreurs.

Oui j’ai découvert des énormités et des crimes au sein de l‘institution judiciaire. Non je ne veux pas de victime expiatoire, les inconscients qui agissent au-delà de leurs capacités sont les premiers bourreaux de leur propre vie et les choses s’équilibrent ainsi. Je veux juste dire qu’il y a un problème de courage dans l’exploration analytique des choses. Quoi que l’on vous dise à mon sujet, n’oublions pas que la colère est une ligne de démarcation efficace. « Si tu ne veux pas qu’on te piétine alors, ne mords pas forcément mais montre au moins les dents». Cela a fonctionné. Après avoir cherché à stopper l’inconscience de notre institution judiciaire et empêché de renouveler son massacre sur le cas de Rémy, ne m’appartient-il pas de chercher à développer la conscience sur tous les autres cas?  

Briser la glace des  conservatismes:
 J’imagine combien cela pourra encore être difficile. John Kennedy Toole appelle cela « la conjuration des imbéciles », titre de son premier roman publié  d’après une phrase de Jonathan Swift: « Quand un génie véritable apparaît en ce bas-monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».
Cela illustre d’une certaine manière le cheminement d’une idée fondamentalement nouvelle  dans le monde politique: d’abord elle rencontre le mépris, ensuite la contestation et enfin elle est adoptée. N’oublions pas que lorsque quelqu’un fait quelque chose de différent il a contre lui tous ceux qui voudraient faire comme lui, tous ceux qui font exactement le contraire et l’immense majorité de ceux qui ne font rien.
Il reste qu’avant de pouvoir transformer une situation, il faut l’accepter. Tant que l’institution judiciaire n’acceptera pas qu’elle doit se reprendre sur la question psycho-éducative, elle continuera de faire tourner en rond ses éducateurs. La justice n’a pas rencontré suffisamment de pâtissiers. La place du pâtissier est à la cuisine et non à la cave. Aussi lui faut-il, afin d’atteindre ses prétentions, apprendre à élever la puissance de son four au lieu de chercher à incendier les gâteaux qui dépassent son actualité. L’institution judiciaire doit s’inspirer de Jean Paul Sartre: « ne pas être ce qu’elle a, mais être la totalité de ce qu’elle n’a pas encore ». Elle doit retrouver son âme. Ce qui lui faut, c’est le bonheur d’apprendre. La guérison chez les nord-amérindiens est l’ouverture à ce qui a été fermé, l’adoucissement de ce qui s’est durci et obturé. Guérir la justice c’est lui offrir l’étreinte de ce qui lui fait le plus peur. Ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup à faire qu’il faut être effrayé. D’ailleurs, désormais avec ce de dégagement de perspectives nouvelles, il y a beaucoup moins de travail à défricher. Non seulement sont regroupées ici diverses techniques d’analyse mais en plus nous ne manquerons pas de les relayer entre elles : il est légitime d’attendre d’un éducateur qu’il se montre loyal et circonspect avec l’ensemble de ses interlocuteurs. Si la circonspection est le fruit de l’étude, la loyauté est le fruit d’une pratique rompue aux exigences de la médiation et de l’art du dialogue. C’est ensuite et seulement ensuite que l’on peut faire preuve de fermeté. Dans le cas contraire on a affaire à la cruauté inommable de la bêtise humaine. Ce raisonnement, je ne l’ai pas inventé, d’abord parce qu’il tombe sous le sens, ensuite parce qu’il respecte en tous points la logique des relations humaines selon la sagesse soufie, il constitue le centre de l’ennéagramme, qui est un méta-programme ancestral. 

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